Roueida Ghali et ses étudiants, qui ont depuis obtenu leurs diplômes de l’institut des beaux-arts de l’Université libanaise, continuent de travailler dans le studio de leur ancienne enseignante, devenue leur professeur autant que leur partenaire.
Ils se retrouvent à 11 dans le studio de cette dernière, ce qui leur a donné naturellement leur nom de scène. « Studio 11 est un laboratoire dynamique, explique Roueida Ghali. Nous travaillons ensemble de telle manière à révéler un corps conscient à travers plusieurs disciplines qui se croisent. »
L’intéressée, qui préfère parler d’« écriture » plutôt que de chorégraphie, entremêle les apports du butô, cet art japonais né dans les années 60 et qui concilie théâtre, danse et arts martiaux, et ceux du théâtre de mouvement, qu’elle a approfondis lors de stages à l’étranger (lire la biographie).
Écriture collective
et inconsciente
Si bien que lorsque la « performer » – anglicisme générique qui englobe le danseur, le pratiquant d’art martial et le comédien –, parle de l’« esprit de Studio 11 », les mots apparaissent comme globalement pétris de spiritualité et de rapports intimes et nouveaux au corps : « Dans une performance comme Mad aou Jazar, l’écriture du corps est tant collective qu’inconsciente, poursuit-elle. C’est ce qu’apprend le butô. Le “performer”, en découvrant le changement de son centre de gravité, peut appréhender les mouvements qu’il exécute à partir de l’axe qui tient le corps, depuis l’aine jusqu’au torse. De ce fait, travail et relâchement physiques prennent une tout autre dimension. » Autre apprentissage : la conscience du vide et du plein dans les mouvements des acteurs. « Vide et plein, autrement le corps et l’espace qui l’entoure et qui n’est pas lui, alternent. L’important, c’est de prendre conscience de cet invisible, comme l’enseigne le butô. »
Si le discours peut paraître quelque peu abscons, il n’en est rien lors des performances durant lesquelles, subitement, la pratique révèle tout le sens, aussi ambitieux qu’efficace, de la formation préliminaire. En équipe réduite ou complète, dans le cadre d’un festival ou dans l’intimité d’un espace clos, Studio 11 est assurément une des compagnies les plus sérieuses et les plus novatrices de la scène locale. Si l’apprentissage de Roueida Ghali s’est fait à l’étranger, elle est parvenue, avec la finesse et la détermination qui la caractérisent, à entraîner avec elle des danseurs et des comédiens capables de transmettre un message, authentique bien qu’en constant perfectionnement.
Parcours
1994 : Retour au Liban et enseignement à l’Université libanaise – institut des beaux-arts ; chorégraphe, actrice et danseuse dans Médée, Médée de Jean Anouilh, adaptation et mise en scène de Siham Nasser. Théâtre de Beyrouth ; participation au Festival de butô au Japon. Partenaire de danse avec Tetsuro Fukuhara.
1995 : Ya Iskandariah bahrik aajayeb, mise en scène de Yaakoub el-Chidrawi, texte Oussama al-Aaref. Théâtre al-Madina.
1996 : Participation à la rencontre Shadow, en Tunisie, comme chorégraphe et danseuse.
1997 : Metteur en scène, chorégraphe et danseuse dans Zones interdites. Spectacle présenté au Théâtre de Beyrouth dans le cadre du Festival Ayloul.
1999 : Performer dans Faust, une présentation produite par des anciens comédiens de Grotowski au Palais de l’Unesco-Liban. Coproduction institut Goethe.
2000 : Participation au stage et à la présentation (Not In My Name) organisés par la troupe Living Theater à Tripoli.
2001 : Plusieurs ateliers de travail de théâtre de mouvement avec Kyri Margoles dans l’État du Minnesota (USA). Membre fondateur dans Studio 11-Théâtre de mouvement.
2002 : Metteur en scène de Mad aou Jazr (Flux ou reflux), premier spectacle de Studio 11-Théâtre de mouvement. Représentations au bord de la mer en septembre 2002. « Performer » dans fff! à Zico House – Beyrouth. Il s’agit d’une installation sonore de Caroline Pouzolles (plasticienne française) sur laquelle trois acteurs-danseurs de Studio 11 improvisent une histoire de la ville de Beyrouth.
2003 : Participation au stage de danse contemporaine organisé par la troupe italienne Teatri Del Vento. Coproduction Shams et le Centre culturel français. «Performer» dans Kan Makan (Il était un endroit), écriture collective de Studio 11-Théâtre de mouvement. Représentations en septembre 2003 dans le cadre de Beirut Street Festival organisé par Zico House.
Diala GEMAYEL

