Entre-temps, les miliciens se faisaient discrets dans la ville, où, à part les gardiens du mausolée de l’imam Ali, armés de kalachnikovs et de matraques, peu d’hommes en armes étaient visibles dans les rues. « Un projet a été présenté il y a deux jours. Il n’a pas pu être approuvé mardi et nous espérons qu’il sera entériné aujourd’hui (mercredi) », a déclaré à la presse cheikh Sadreddine al-Koubbanji, représentant du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII) à Najaf (160 km au sud de Bagdad).
L’armée américaine a décrété le port d’armes sans autorisation interdit à Najaf à partir de mardi soir, dans un avis diffusé par la télévision locale, ajoutant que tout contrevenant « s’expose à l’arrestation et à au moins un an de prison ainsi qu’à une amende de 1 000 dollars ».
Elle a indiqué que cette interdiction, décidée après une réunion avec les représentants des forces politiques et locales à Najaf, « ne s’appliquait pas aux forces de la coalition, à la police irakienne ni à la force de sécurité » du mausolée. Or, de source proche des tractations, on a indiqué que les négociations butaient toujours sur la composition de cette force de sécurité.
Après l’attentat qui a coûté la vie il y a douze jours au chef du CSRII Mohammed Baqer al-Hakim ainsi qu’à plus de 80 autres fidèles à la sortie de la prière du vendredi au mausolée de l’imam Ali, vénéré par les chiites, des miliciens en armes ont envahi les rues de la ville, occupant la place en l’absence de forces de sécurité.
Craignant de perdre tout contrôle à Najaf, les forces américaines ont demandé le désarmement des milices d’ici à samedi prochain. Mais l’« armée du Mehdi » créée fin juillet par un jeune imam radical, Moqtada al-Sadr, a rejeté l’ultimatum.
Le gouverneur de la ville, Haïdar Mehdi Mattar al-Mayali, a engagé une médiation entre Moqtada al-Sadr et les forces américaines pour parvenir à un compromis.
Le responsable du CSRII a affirmé pour sa part que son mouvement était « opposé au chaos général ». Le projet en discussion vise en outre à « garantir un niveau de sécurité acceptable tous les jours, et non seulement lors du prêche du vendredi », a-t-il indiqué. « Il ne s’agit pas seulement de désarmer mais de se donner les moyens pour assurer une sécurité acceptable », a-t-il dit, ajoutant que cette question était au centre « d’un dialogue et d’une coordination avec les forces de la coalition ».
La force de sécurité proposée devrait aussi bien se charger du contrôle aux entrées de la ville, de la protection des Marjaa (autorités religieuses) et des lieux saints, ainsi que de la prière du vendredi dans les différentes mosquées de la ville.
Le projet préconise que les effectifs de cette force s’élèvent à 2 000 hommes, en comptant les policiers. Il prévoit qu’elle comprenne des membres des tribus, des policiers, des membres de la brigade Badr, bras armé du CSRII, et d’autres milices.
Le responsable du CSRII n’a pas voulu donner le nombre de policiers qui feraient partie de cette force. « Il faut encore en discuter », dit-il.
Les modalités et zones de déploiement de cette force n’ont pas été non plus arrêtées, a déclaré cheikh Koubbanji. Reste également à établir une liste de noms, à préparer des badges spéciaux et à déterminer les positions qui seront assignées à chacun.
En attendant la mise sur pied de cette force au complet, les gardiens du mausolée de l’imam Ali, 400 hommes reconnaissables à leur pantalon noir et chemise blanche, sont à leur poste depuis déjà une dizaine de jours.

