« Les deux hommes sont issus de la même école qui préconise la négociation pour parvenir à un État palestinien, alors que le président (de l’Autorité palestinienne Yasser) Arafat croit à la révolution jusqu’à la victoire », affirme l’analyste palestinien Mahdi Abdel Hadi.
Selon lui, l’échec de M. Abbas traduit une « crise de vision et de stratégie » au sein des instances dirigeantes palestiniennes sur la façon de faire face au Premier ministre israélien Ariel Sharon.
« Sharon ne se soucie pas de la “feuille de route”. Tout ce qu’il veut, c’est s’approprier la terre, éliminer physiquement le Hamas et neutraliser le Fateh politiquement », dit M. Abdel Hadi, faisant référence au principal mouvement islamiste palestinien et au mouvement de M. Arafat.
Membres tous deux du Fateh, MM. Qoreï (alias Abou Alaa) et Abbas sont des compagnons de longue date de M. Arafat et ont été, du côté palestinien, les principaux artisans des accords de paix d’Oslo.
Soulignant que M. Qoreï « partage la même vision qu’Abbas », M. Abdel Hadi estime que le Premier ministre pressenti pourrait avoir une cohabitation plus sereine avec M. Arafat s’il retient les leçons de l’expérience de son prédécesseur.
Abou Alaa connaîtra toutefois autant de difficultés, si ce n’est plus, pour relancer le processus de paix et obtenir l’application de la « feuille de route ».
« Abbas avait bénéficié d’une trêve alors qu’Israël mène aujourd’hui une guerre totale », contre les mouvements radicaux palestiniens, explique M. Abdel Hadi, directeur de la Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs (Passia).
La trêve temporaire proclamée unilatéralement le 29 juin par les principaux mouvements palestiniens a pris fin en août, et Israël a promis d’éliminer tous les chefs du Hamas et de sa branche armée.
Pour l’analyste Hassan al-Kachef, basé à Gaza, le contrôle des services de sécurité, principal sujet de friction entre MM. Arafat et Abbas, risque également d’envenimer les rapports du président de l’Autorité palestinienne avec son futur Premier ministre, et « cette question ne saurait être évitée car, en tant que Premier ministre, Abou Alaa aura des obligations sécuritaires à remplir vis-à-vis d’Israël et des États-Unis ».
En effet, le secrétaire d’État américain Colin Powell a laissé entendre dimanche qu’il attachait une importance prioritaire aux pouvoirs réels du Premier ministre.
« Cette personne doit avoir l’autorité politique pour faire son travail et doit se voir accorder les ressources nécessaires, en particulier sur le plan de la sécurité et des finances », a-t-il souligné.


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