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FESTIVAL DE RUE DE BEYROUTH - Inauguration avec une danse performance intitulée « Calle Obrapia n°4 » Exnihilo : les saltimbanques de l’asphalte (photos)

«Ce sont des Français », lance un passant, coupant un débat instauré depuis cinq minutes sur la nationalité des cinq danseurs ayant investi le haut de la rue Maarad, centre-ville. « Ils sont déjà venus l’année dernière, ils font des spectacles de rue », explique un jeune homme d’un air blasé. Trois jeunes femmes se roulent par terre. « Ce sont des experts étrangers employés par la Municipalité de Beyrouth pour s’assurer de la propreté de nos rues », plaisante un adolescent. « Chaque geste a une signification ? » « Non, il faut comprendre l’ensemble », rétorque une jeune fille. « C’est un remake des Misérables ? », s’amuse une spectatrice en faisant allusion aux vêtements débraillés des danseurs.
Comme c’est souvent le cas dans les animations de rue, le spectacle se déroule souvent du côté des … spectateurs. Inaugurant le festival de rue de Beyrouth, la compagnie française Exnihilo a donné deux représentations dimanche et lundi de sa dernière danse performance Calle Obrapia n°4.
« L’espace extérieur est notre scène. Nous avons, au travers de nos créations, toujours affirmé notre volonté d’intervenir sur la vie de la cité, ses espaces publics, son tissu social et culturel », indique Anne, directrice artistique du collectif marseillais.
Les espaces et leurs usages, les relations entre les hommes forment les contraintes d’Exnihilo. Depuis 1997, date de sa première création La plus belle heure, la compagnie ne cesse d’investir de nouveaux espaces : une plage en Hollande pour son spectacle Loin de là en 2000, une place publique avec Salida en 2001, le quartier Belsunce à Marseille ; une rue de La Havane, qui a donné son nom à Calle Obrapia n° 4, une danse présentée également à Gênes avant d’être donnée à Maarad.
Trois femmes et deux hommes se cherchent et cherchent une place dans cet univers. Ils s’approchent, se touchent, se caressent, s’affrontent, se défient, s’empoignent. Jeux de jambes, jeux de mains. Des mini-transistors, toutes antennes dehors, se multiplient sur l’asphalte. « Souvent, dans les quartiers étroits, on entend la radio des voisins », indique Jean-Antoine, membre de la troupe.

Danser dehors
« Danser dehors... c’est risquer la danse contre l’ordre bâti, les murs, les pavés, le bitume, le temps, les intempéries, l’imprévu. »
« C’est défendre sa fragilité et révéler sa force aussi. C’est habiter des espaces inattendus, invisibles dans la réalité quotidienne. Le mouvement revendiqué comme prise d’espace. C’est proposer des façons d’être ensemble, de marcher, de se croiser, de regarder l’autre. C’est une ouverture. » Les danseurs se nourrissent du spectacle incessant de la ville et de ses occupants. En retour, ils ont, pour des publics instantanés, des multiplicateurs d’espace, de gestes, de trajectoires.
De qui est composé le public dans une intervention urbaine ? « Bien sûr, il y a en premier lieu les habitants, avec lesquels nous tissons un rapport de proximité, puis il y a ceux que l’on veut convier, prévenir, qui ne viendront pas par hasard », note Anne.
Prendre le temps de regarder la rue, de s’y installer, de la redécouvrir, de s’imbriquer en elle en dansant dans son mouvement quotidien. Le Festival de rue de Beyrouth nous y invite tout au long de ce mois.

Maya GHANDOUR HERT
* Prochain rendez-vous, avec Kan Makan, une performance libanaise de Sudio 11 (Rouaida al-Ghali, Nagib Zeytouni, Fadia el-Tannir, Béchara Atallah, Nisrine Kanj, Nada Chibli, Dalia Naous).
Jeudi 4 et vendredi 5 septembre, 21h, immeuble des Lazarites, centre-ville.
«Ce sont des Français », lance un passant, coupant un débat instauré depuis cinq minutes sur la nationalité des cinq danseurs ayant investi le haut de la rue Maarad, centre-ville. « Ils sont déjà venus l’année dernière, ils font des spectacles de rue », explique un jeune homme d’un air blasé. Trois jeunes femmes se roulent par terre. « Ce sont des experts étrangers employés par la Municipalité de Beyrouth pour s’assurer de la propreté de nos rues », plaisante un adolescent. « Chaque geste a une signification ? » « Non, il faut comprendre l’ensemble », rétorque une jeune fille. « C’est un remake des Misérables ? », s’amuse une spectatrice en faisant allusion aux vêtements débraillés des danseurs. Comme c’est souvent le cas dans les animations de rue, le spectacle se déroule souvent du côté...