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Berlin quitte le front du refus envers les États-Unis

L’Allemagne, à l’occasion de la première visite à Berlin d’un haut responsable américain, Colin Powell, depuis le début de la crise irakienne, a quitté vendredi le front du refus formé avec la France et la Russie envers les États-Unis, sans pour autant parvenir à briser la glace.
Le soleil printanier et le cadre idyllique du jardin de la chancellerie n’auront fait qu’accentuer le contact glacial entre deux hommes de nature plutôt joviale, le chancelier allemand Gerhard Schröder et le secrétaire d’État américain Colin Powell.
Cette image décourageante, reprise dans toute la presse allemande samedi, ne doit pas éclipser une avancée, petite mais incontestable, dans les relations germano-américaines : le soutien de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’Onu pour la levée rapide des sanctions contre Bagdad voulue par Washington.
Pour la première fois, Berlin s’est détaché de l’alliance diplomatique formée en pleine crise irakienne avec la France et la Russie contre les États-Unis. D’abord dirigée contre une guerre américaine en Irak, cette alliance s’est ensuite nourrie de la défense d’une reconstruction de l’Irak sous l’égide des Nations unies et d’une opposition à l’unilatéralisme américain.
C’est cette distanciation d’avec la France, qui passe aux États-Unis pour l’instigateur de la fronde, que M. Powell entendait rapporter à son président George W. Bush pour renforcer son propre camp, celui de la diplomatie, face aux faucons peu enclins à donner la parole à l’Onu.
Privée d’un allié européen crucial sur le front du refus, la France se retrouve isolée sur un continent majoritairement atlantiste, même si elle continue à demander l’« amélioration » du projet de résolution sur l’Irak, tout comme la Russie.
Pourtant le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin a réagi en qualifiant les relations franco-allemandes de « solides et fortes » et en mesure de « dépasser toutes les turbulences de la conjoncture ».
Pour cause, Berlin reste malgré tout attaché à son voisin sur des points fondamentaux et entend bien, parallèlement au processus de rapprochement avec Washington, continuer à faire entendre sa propre musique dans le concert international. « Nous allons nous engager pour qu’il y ait un rôle central des Nations unies en Irak », a ainsi assuré M. Fischer dans une interview à l’hebdomadaire Der Spiegel à paraître aujourd’hui.
La décision « pragmatique » de Berlin réjouissait une partie de la presse allemande samedi. « L’option gaulliste serait désavantageuse pour l’Allemagne. Son champ d’action s’en trouverait limité et associé à la politique étrangère française », considère le quotidien de centre-gauche Sueddeutsche Zeitung.
Outre son ralliement au projet de résolution, Berlin a fait une autre fleur à Washington en se prononçant en faveur d’un examen de l’extension au-delà de Kaboul de « zones de sécurité » hors du cadre de l’Isaf.
Sur la forme, à l’issue d’un déjeuner, le chef de la diplomatie Joschka Fischer et son homologue américain ont déployé des trésors de diplomatie pour sauver l’image livrée le matin même. Mais, tant que perdurera la brouille entre MM. Bush et Schröder, qui ne se sont pas parlés depuis le 8 novembre, l’Allemagne ne regagnera pas la confiance du puissant allié.
Or, la perspective d’une amélioration s’est encore éloignée vendredi, M. Powell doutant que son président « aura beaucoup de temps pour des réunions bilatérales » au sommet du G8 début juin à Évian.
Et le chancelier vient d’avaler une autre couleuvre : jeudi, M. Bush a rencontré « par hasard » à Washington un dirigeant de l’opposition conservatrice allemande, Roland Koch. « Une rencontre calculée » pour lancer « un signal » à M. Schröder, selon le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.
L’Allemagne, à l’occasion de la première visite à Berlin d’un haut responsable américain, Colin Powell, depuis le début de la crise irakienne, a quitté vendredi le front du refus formé avec la France et la Russie envers les États-Unis, sans pour autant parvenir à briser la glace.Le soleil printanier et le cadre idyllique du jardin de la chancellerie n’auront fait qu’accentuer le contact glacial entre deux hommes de nature plutôt joviale, le chancelier allemand Gerhard Schröder et le secrétaire d’État américain Colin Powell.Cette image décourageante, reprise dans toute la presse allemande samedi, ne doit pas éclipser une avancée, petite mais incontestable, dans les relations germano-américaines : le soutien de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’Onu pour la levée rapide des sanctions contre Bagdad...