Trente-trois mois, presque jour pour jour, après le début de l’intifada, un regain d’espoir, teinté de prudence, était toutefois perceptible, aussi bien du côté israélien que chez les Palestiniens.
Certes, les images de soldats israéliens et de policiers palestiniens se serrant la main en souriant dans le nord de la bande de Gaza, dont l’armée israélienne s’est retirée dimanche soir, qui ont été vues si souvent dans les années 90, à l’époque des accords de paix d’Oslo, ont rappelé à tous, a contrario, que toute euphorie serait déplacée. Le sentiment prévalait toutefois que la trêve décrétée dimanche par quatre mouvements palestiniens offrait une occasion unique de sortir du cycle des violences.
Pour la première fois peut-être en près de trois ans, la une des deux grands quotidiens israéliens, le Yediot Aharonot et le Maariv, était ornée hier du bleu de l’étoile de David, couleur de fête, et non du rouge des lendemains d’attentat. La presse israélienne a d’ailleurs rendu compte du retrait israélien sur un ton et d’une manière évoquant le retrait du sud du Liban, en mai 2000. « Ce n’est pas le début de la fin. Ce n’est même pas la fin du début, mais c’est le début du début, et c’est déjà quelque chose », a dit un conseiller diplomatique du Premier ministre Ariel Sharon, Zalman Shoval, paraphrasant la célèbre boutade de Churchill.
De fait, ce retrait israélien du nord de la bande de Gaza marque le vrai début de la « feuille de route ». Mais les premiers pas de ce processus témoignent aussi de son extrême fragilité. Comme tous les processus de négociations qui l’ont précédé, celui-ci reste, en effet, l’otage des radicaux des deux camps. « N’importe quel commandant d’une unité (de l’armée) et n’importe quelle cellule terroriste peuvent faire voler en éclats la trêve », soulignait un éditorialiste du Yediot.
Israël a répété hier que, « en accord avec les Américains », il exigeait le démantèlement des groupes armés, comme cela est d’ailleurs prévu par la « feuille de route ». « Qu’est-ce qu’ils veulent que nous fassions ? » réplique Michael Tarazi, conseiller de l’OLP. Grâce à cette trêve, patiemment négociée pendant des semaines par le Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas, « nous leur avons donné plus que tout ce qu’ils ont pu obtenir avec leurs chars, leurs bombes et leurs F-16 », poursuit-il.
L’attaque qui a coûté la vie à un ouvrier bulgare au nord de la Cisjordanie met toutefois en évidence les dangers pour le processus lancé grâce aux pressions des États-Unis. D’autres attentats dus à des groupes hors de tout contrôle sont encore possibles et risquent d’entraîner des représailles israéliennes. L’Autorité palestinienne pense toutefois que les récalcitrants devront, de gré ou de force, se plier à la volonté de la majorité des groupes armés. « Nous avons pris la décision nationale d’avoir un cessez-le-feu. Nous avons donc le pouvoir suffisant pour agir contre ceux qui sont opposés à ce cessez-le-feu », explique M. Tarazi, ajoutant que quiconque violera la trêve « n’aura pas beaucoup de soutien parmi la population palestinienne ».

