Un diplomate sous couvert d’anonymat estimait toutefois hier que l’annonce aurait lieu « avant l’arrivée de Rice », la conseillère du président américain George W. Bush pour la Sécurité nationale, attendue samedi dans la région pour tenter de sortir la « feuille de route » de l’impasse dans laquelle elle se trouve.
Dans la pratique, l’absence de trêve bloque complètement le début d’application de cette « feuille de route », lancée par M. Bush lors d’un sommet le 4 juin à Aqaba en présence du Premier ministre israélien Ariel Sharon et de son homologue palestinien Mahmoud Abbas. Car M. Abbas, qui exclut de recourir à la force contre les groupes armés palestiniens, principalement les islamistes du Hamas, refuse de prendre le contrôle de zones de la bande de Gaza que l’armée israélienne a accepté de transférer aux forces de sécurité palestiniennes si une trêve n’est pas préalablement proclamée.
M. Abbas ne veut pas, en effet, prendre le risque d’être contraint d’user de la force contre le Hamas si celui-ci vient à lancer des attaques contre Israël à partir de zones transférées au contrôle de l’Autorité palestinienne.
Tout est donc conditionné à cette trêve, qu’on annonce comme imminente depuis des jours, mais qui se fait attendre. « L’accord est prêt, mais maintenant il faut l’annoncer », commentait le diplomate cité plus haut.
Des responsables palestiniens ont indiqué mercredi qu’un projet d’accord de cessez-le-feu de trois mois avait été rédigé par les principaux mouvements palestiniens. Le premier des trois points de cet accord porterait sur une trêve de trois mois à la fois en Israël, mais aussi dans les territoires palestiniens, ce qui représenterait une concession majeure de ces groupes, Israël s’engageant en contrepartie à suspendre ses propres actions. Or, c’est là que le bât blesse.
Ces mouvements veulent en effet « des garanties de la part des Israéliens, et peut-être des assurances de la part des Américains » que l’État hébreu cessera ses opérations de liquidation de militants, comme celle de mercredi, et ses incursions en territoire palestinien, affirme l’analyste palestinien Ali al-Jerbaoui. Mais il se déclare aussi persuadé qu’ils ne recevront pas ces assurances, et qu’en dernier ressort, ils devront se résigner à annoncer une trêve tout en précisant qu’ils se réservent le droit de reprendre leurs attaques si Israël ne suspend pas ses propres opérations.
Le problème est que la poursuite des raids israéliens les place dans une position politique délicate. « Je pense que le Hamas est maintenant réticent » à annoncer un cessez-le-feu, « parce que ce serait une source d’embarras de le faire alors que les Israéliens frappent tous les jours », explique M. Jerbaoui.
L’essentiel pour le Hamas, selon le diplomate cité précédemment, est de laisser passer un temps suffisant après le raid de mercredi afin de ne pas perdre la face. Si la trêve est annoncée d’ici à samedi, Mme Rice pourra alors finaliser l’accord israélo-palestinien sur un retrait de l’armée israélienne des zones réoccupées de la bande de Gaza et proclamer que la « feuille de route » est sauvée. Mais comme le souligne ce diplomate, ce « scénario idéal (...) n’est pas à l’abri d’un événement qui fasse dérailler le processus ».


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