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Une organisation sectaire à la dérive ?

Les images d’hommes et de femmes s’aspergeant d’essence avant de s’enflammer dans les rues de plusieurs capitales européennes ont jeté une lumière dramatique ces derniers jours sur le principal groupe d’opposition armée au régime de Téhéran. Les manifestations d’étudiants successives dans les rues de Téhéran et la pression grandissante des autorités américaines sur le régime iranien, sommé de s’expliquer sur son programme nucléaire, auraient pu laisser croire aux Moudjahidine que le temps était venu pour eux de renverser les autorités qu’ils combattent depuis plus de 30 ans. Pourtant, en quelques semaines, l’organisation a vu ses bases militaires installées en Irak démantelées, son arsenal saisi par les Américains et son siège d’Auvers-sur-Oise, au nord de Paris, perquisitionné et fermé par la police française. Pour plusieurs spécialistes de l’Iran, ces images d’hommes et de femmes en flammes se tordant de douleur ont révélé la vraie nature de l’OMPI: une secte basée sur le culte de la personnalité de Maryam Radjavi et de son époux, Massoud, l’un des fondateurs du mouvement.
« C’est une secte », assure Ali Ansari, expert des affaires iraniennes à l’Université britannique de Durham. « Leurs militants sont bizarrement, passionnément loyaux à ce couple. Les gens réalisent enfin qui ils sont », ajoute-t-il. Ces dernières années, l’OMPI, placée sur la liste des organisations terroristes dénoncées par l’Union européenne et les États-Unis, a plus œuvré à populariser sa cause qu’à préparer des actions contre les autorités iraniennes. Les relations publiques du mouvement ont été confiées au Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), vitrine politique des Moudjahidine, installé jusqu’à cette semaine dans un complexe de quatre villas à Auvers-sur-Oise. Parlant plusieurs langues européennes, à grand renfort de fax, de courriers électroniques et d’appels téléphoniques, un petit groupe de dirigeants dénonce régulièrement le régime des ayatollahs iraniens et revendique des attaques, dont la réalité est parfois difficile à vérifier. Tous insistent sur un point : les Moudjahidine du peuple et le CNRI sont très populaires en Iran, même si les milieux diplomatiques rapportent le contraire à Téhéran.

Une machine médiatique parfaitement rodée
Hors du territoire iranien, le CNRI a réussi le tour de force de mobiliser plusieurs milliers de réfugiés lors de visites officielles de dirigeants iraniens en Europe ou pour réclamer la libération de leur figure emblématique à Paris. Cette machine médiatique parfaitement rodée leur a attiré des sympathies au sein des parlementaires britanniques, ainsi qu’au Parlement européen et au Congrès américain, qui voit dans le CNRI une alternative modérée au régime islamique de Téhéran. Selon certaines informations parues dans la presse américaine, les « faucons » du Pentagone auraient suggéré que Washington s’appuie sur les Moudjahidine pour faire pression sur le gouvernement iranien. Pour Ali Ansari, Paris et Washington semblent désormais sur la même longueur d’ondes : mettre un terme aux activités du groupe. « Je pense que ce qui est en train de se passer en France participe d’une politique européenne. L’Union européenne veut que Téhéran se soumette à plus d’inspections nucléaires, elle doit donc offrir quelque chose en échange », estime-t-il. Les Moudjahidine s’organisent au milieu des années 1960, combinant à l’époque islamisme, marxisme et opposition au régime du shah.
En 1972, lors d’une gigantesque opération des forces de police, le mouvement est décapité, la plupart des dirigeants exécutés après l’assassinat de six Américains en poste en Iran. Après avoir allié son mouvement aux responsables de la chute du shah en 1979, Massoud Radjavi rompt avec l’ayatollah Ruhollah Khomeyni deux ans plus tard. En juin de la même année, un attentat revendiqué par les Moudjahidine tue de nombreux responsables islamiques et Massoud Radjavi se réfugie en France. En 1986, il part pour l’Irak, en pleine guerre contre l’Iran. En se rapprochant avec le régime de Saddam Hussein, l’OMPI se dote d’une force militaire sans précédent, Radjavi « régnant » sur une armée de près de 4 500 personnes, dont un tiers de femmes. L’organisation dispose alors de chars et de pièces d’artillerie lourde. Cette alliance avec les autorités irakiennes n’a pourtant pas permis aux Moudjahidine de renverser le régime en place à Téhéran et les a discrédités aux yeux des Iraniens, même les plus critiques à l’égard des mollahs.
Les images d’hommes et de femmes s’aspergeant d’essence avant de s’enflammer dans les rues de plusieurs capitales européennes ont jeté une lumière dramatique ces derniers jours sur le principal groupe d’opposition armée au régime de Téhéran. Les manifestations d’étudiants successives dans les rues de Téhéran et la pression grandissante des autorités américaines sur le régime iranien, sommé de s’expliquer sur son programme nucléaire, auraient pu laisser croire aux Moudjahidine que le temps était venu pour eux de renverser les autorités qu’ils combattent depuis plus de 30 ans. Pourtant, en quelques semaines, l’organisation a vu ses bases militaires installées en Irak démantelées, son arsenal saisi par les Américains et son siège d’Auvers-sur-Oise, au nord de Paris, perquisitionné et fermé par la...