Sur le terrain, Artémis, comme l’UE a baptisé l’opération en décidant d’en payer la facture, consiste essentiellement en un déploiement d’hommes et de matériel par la France, d’où venait l’initiative. Artémis a pour mission de sécuriser la ville et l’aéroport de Bunia, dans cette région de l’Ituri, où des affrontements interethniques ont fait des centaines de morts ces dernières semaines, quelque 50 000 depuis 1999. Elle doit aussi contribuer à améliorer la situation humanitaire et, « si la situation l’exige », protéger la population civile, le personnel de l’Onu et des organisations humanitaires dans la ville, selon le mandat européen.
À la différence de la levée de boucliers contre la « guerre du Golfe n° 2 » déclenchée par les États-Unis et la Grande-Bretagne contre l’Irak, aucune contestation ne s’est élevée contre la légalité d’Artémis. La résolution 1484 du Conseil de sécurité de l’Onu, votée à l’unanimité le 30 mai, a autorisé le déploiement d’une « force multinationale intérimaire d’urgence à Bunia », en lui donnant le droit d’ouvrir le feu « si nécessaire ». La France a, en outre, conditionné son intervention à l’approbation de l’opération par le Rwanda et l’Ouganda, qui ont eu l’un et l’autre des troupes engagées en RDC, en soutien à différentes rébellions. La décision du Conseil de l’UE, le 5 juin, de mandater une opération militaire à Bunia dans le cadre de la résolution du Conseil de sécurité de l’Onu constitue une première. Jamais encore l’UE n’avait conduit une telle initiative hors Europe. Et Artémis, contrairement à la toute récente mission européenne de maintien de la paix en Macédoine, n’a pas recours au soutien logistique de l’Otan.
La mission en RDC reflète le désir de la France de « montrer qu’elle est capable d’intervenir où que ce soit dans le monde », et de « souligner qu’elle le fait sous mandat de l’Onu, contrairement à d’autres pays », commente un spécialiste de la région africaine des Grands Lacs, basé à Nairobi. « La motivation politique, c’est de faire étalage d’unité après la débâcle de la politique étrangère européenne en Irak », ajoute-t-il. En Macédoine et à Bunia, les opérations de l’Onu viseront aussi à restaurer la crédibilité de l’Europe dans le domaine militaire et celui de la gestion de crises, après son manque d’efficacité dans les Balkans, dans les années 1990, estime le même expert. « Ils se risquent dans un champ de mines militaro-politique », souligne-t-il encore.
Le mandat de la force expire le 1er septembre prochain, et elle ne se déploiera pas au-dehors de Bunia, bien que le reste de l’Ituri soit truffé d’hommes en armes. En outre, cette opération risque de ne pas servir à grand-chose si la mission de l’Onu déjà en cours en RDC, la Monuc, n’est pas renforcée sensiblement d’ici à début septembre, comme l’a préconisé le Conseil de sécurité. L’envoyé spécial de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs, Aldo Ajello, est conscient lui aussi du danger : « Nous craignons que les milices ne tentent de tester la force de maintien de la paix », a-t-il déclaré cette semaine à Kinshasa. Des combats ont ainsi éclaté au sud de Bunia, dans les provinces du Kivu, où les rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), proches du Rwanda, ont repris des villes à des groupes soutenus par Kinshasa. L’Ouganda proche, qui vient tout juste de rapatrier l’ensemble de ses troupes stationnées en RDC, a par ailleurs prévenu qu’il « agirait » s’il estimait sa sécurité menacée.


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