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IMPRESSION Était-ce la dernière pluie ?

D’abord ce message d’une marque de whisky spécialisée dans la désinhibition amoureuse : « I love you, I miss you »… et qui vous donne rendez-vous à la plage. Tout à coup on les voit, les bougainvillées en fleurs, les gardénias qui explosent en bulles fraîches, un par un jusqu’au bouquet final, puis recommencent. Tout à coup les parfums, jasmin du soir, gardénia à toute heure, ylang sur les balcons, blancheurs capiteuses portées par la chaleur. Tout à coup les fruits que les branches lasses abandonnent au pied des arbres à l’appétit des nymphes. Il est lourd le soleil, et les ombres plus longues, et les pas plus lents, et la poussière plus âcre. Au loin la neige en pleine débâcle révèle les sillons des montagnes et leurs chemins inconnus. À la blancheur évaporée succède un gris boueux que viendront recouvrir les mousses. Elles jauniront avant l’automne. Pour l’heure on se sent tout coton, et les brises printanières, qui refusent encore d’abdiquer, dans peu de temps n’y pourront plus rien. Déjà les fenêtres aux volets mi-clos semblent des paupières alourdies et les maisons se recroquevillent comme avant une tempête. Déjà il fait sommeil, et la nuit, rampant parmi les toits, la Grande Ourse a retrouvé sa part de ciel. C’est l’été, et chez nous il tombe sans prévenir, après une dernière pluie dont on ne sait jamais qu’elle est la dernière. Les enfants serrés dans les bus du retour rêvent de vacances et d’embruns. La dernière cloche surviendra comme la dernière pluie. L’entendront-ils ? Déjà ils n’entendent plus grand-chose, impatients de sable et d’eau, et du bourdonnement des vélos sous les arbres. L’été comme l’automne est saison de départ. Mais saison d’épaules nues, de vie au-dehors, de peaux bises comblées de soleil, d’espace à perte de vue, de nuits plus courtes, de pas d’heure. Alors voilà, en ce mai qui s’entame, on y est sans y être et c’est peut-être le plus beau de l’été, ce moment où il se vit en rêve, les pieds déjà dans le décor. Pourvu qu’il dure, pourvu qu’il passe ! Fifi ABOUDIB
D’abord ce message d’une marque de whisky spécialisée dans la désinhibition amoureuse : « I love you, I miss you »… et qui vous donne rendez-vous à la plage. Tout à coup on les voit, les bougainvillées en fleurs, les gardénias qui explosent en bulles fraîches, un par un jusqu’au bouquet final, puis recommencent. Tout à coup les parfums, jasmin du soir, gardénia à toute heure, ylang sur les balcons, blancheurs capiteuses portées par la chaleur. Tout à coup les fruits que les branches lasses abandonnent au pied des arbres à l’appétit des nymphes. Il est lourd le soleil, et les ombres plus longues, et les pas plus lents, et la poussière plus âcre. Au loin la neige en pleine débâcle révèle les sillons des montagnes et leurs chemins inconnus. À la blancheur évaporée succède un gris boueux que viendront...