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DROGUE «Cannabiculture»

Dans la boutique Chanvre et Compagnie à Montreuil (Seine-Saint-Denis, France), Eric conseille ceux qui veulent se lancer dans la production de cannabis à domicile. Lampes à sodium, pots spéciaux, engrais: son petit magasin vend tout ce dont ont besoin les « cannabiculteurs ». « Nous avons de plus en plus de monde. Il y a encore un an nous faisions environ 2 300 euros le samedi et entre 450 et 600 euros les jours de semaine. Maintenant on fait de plus en plus de samedi en semaine ! » se réjouit le jeune homme, dont la boutique affiche un chiffre d’affaires annuel d’environ 150 000 euros. Policiers, fumeurs, observateurs indépendants, tous s’accordent à le dire: la production privée de cannabis s’étend en France, même si elle reste impossible à quantifier, du fait de sa clandestinité. Pour Sylvain Aquatias, sociologue, les consommateurs se tournent vers l’autoproduction dans le but de s’affranchir des dealers de rue et de leur « shit » de piètre qualité. « La résine que l’on trouve sur le marché est réputée mauvaise: une bonne quarantaine de produits peuvent entrer dans sa coupe (pneu, henné...). Du coup, les fumeurs se tournent vers l’herbe autoproduite, qui présente de meilleures garanties », explique-t-il. Léon – il s’agit d’un nom d’emprunt –, fumeur de longue date résidant dans une grande ville du sud de la France, prépare actuellement sa quatrième récolte annuelle, une douzaine de pieds qu’il fait pousser en terrasse sur les toits, à l’abri des regards. « J’ai choisi la méthode la plus artisanale, en pot et en extérieur. Ça ne me coûte presque rien et ça demande un travail minimum. Si la récolte est réussie, je récupère environ 300 grammes d’herbe. Avec ça, je tiens 6 mois et j’en offre autour de moi », dit-il. Pourquoi la production à domicile ? « Grâce à la terrasse, j’avais les conditions qu’il fallait, je voulais échapper au “business” de la rue et j’en avais marre des produits frelatés. Et financièrement c’est intéressant », raconte Léon, qui constate : « Autour de moi ça se développe. » « Beurre de Marrakech » Pour obtenir le matériel servant à cultiver sa « skunk », son « afghani delight » ou son « african queen » – trois variétés parmi les multiples existantes – on peut se tourner vers l’une des quelque 43 boutiques spécialisées réparties sur le territoire, soit vers l’Internet, où entre la recette de la « stoned minute soup » et celle du « beurre de Marrakech », de nombreux sites proposent du matériel par correspondance. Les graines, elles, se vendent soit sous le manteau, soit sur l’Internet. Mais les boutiques proposent aussi des sachets de «graines à oiseaux de compétition», sur lesquels il est très hypocritement écrit qu’il est interdit de les faire germer... « Au départ, nous avions surtout affaire à des jeunes. Aujourd’hui viennent nous voir toutes sortes de gens, jusqu’aux parents qui accompagnent leurs enfants parce qu’ils veulent s’associer à leur culture », rapporte Kshoo, gérant de la boutique Mauvaise graine à Montpellier et secrétaire de la centrale d’achats Ananda. Mais pour Michel Bouchet, chef de la mission de lutte antidrogue au ministère de l’Intérieur, l’extension de cette pratique cache « derrière des apparences écolo » un «marché parallèle». «Le mythe du bon baba-cool qui fait pousser ses plans dans sa baignoire c’est bien beau, mais l’inconvénient c’est que des gens finissent par en vivre», dit-il. La preuve: en 2001, 41 000 pieds de cannabis ont été récupérés par la police, pour 680 saisies, ce qui fait une moyenne d’environ 60 pieds par saisie. « À ce niveau-là, il ne s’agit pas de gens qui plantent pour eux », avance Michel Bouchet.
Dans la boutique Chanvre et Compagnie à Montreuil (Seine-Saint-Denis, France), Eric conseille ceux qui veulent se lancer dans la production de cannabis à domicile. Lampes à sodium, pots spéciaux, engrais: son petit magasin vend tout ce dont ont besoin les « cannabiculteurs ». « Nous avons de plus en plus de monde. Il y a encore un an nous faisions environ 2 300 euros le samedi et entre 450 et 600 euros les jours de semaine. Maintenant on fait de plus en plus de samedi en semaine ! » se réjouit le jeune homme, dont la boutique affiche un chiffre d’affaires annuel d’environ 150 000 euros. Policiers, fumeurs, observateurs indépendants, tous s’accordent à le dire: la production privée de cannabis s’étend en France, même si elle reste impossible à quantifier, du fait de sa clandestinité. Pour Sylvain Aquatias,...