Lorsqu’un jeune homme demande la main d’une jeune fille à ses parents, rien n’est encore fait. Pourtant, quelque part leur destin s’en trouve sinon scellé du moins marqué à jamais. Leur statut social se modifie automatiquement. Lui, il devient un fiancé ou un prétendant éconduit. Elle, elle devient une future mariée, ou reste une demoiselle flatteusement recherchée. L’éventail des éventualités est infiniment large. D’autant que, généralement, c’est tout un entourage qu’une simple demande en mariage concerne ou affecte à des degrés divers. Eh bien, c’est à peu près la même chose aujourd’hui avec les déclarations d’intentions américaines. L’histoire fabrique souvent de prodigieux accidents à partir d’un mot, d’une petite phrase. Aujourd’hui, à bien y regarder, la situation est absurde jusqu’à l’hallucination. Qui peut toucher du doigt vraiment le problème ? L’Irak, cas unique de bombe à retardement ? Et Israël ? L’Irak, modèle de cruauté ? Que dire de la gentille Turquie d’à côté ? De ses jolies prisons à la Midnight Express ? Que penser des décapitations de couples adultérins chez d’autres vertueux de la région ? Qui n’est donc pas dans l’âme taliban, sauf au Liban ? D’ailleurs, comment ça se passe côté exécution de fous de mineurs chez les bons Texans ? À ce propos, Bush, comme ses acolytes, Rumsfeld en tête, donne l’impression d’enfiler des perles. Et de ne pas trop savoir ce qu’ils veulent. Mais est-ce vraiment important ? Ce qui compte, ce qui est certain, c’est qu’ils décident de changer le monde. Et qu’ils le peuvent. En commençant par le commencement indiqué dans les Écritures comme par les anciens païens. C’est-à-dire par l’ex-Mésopotamie, par l’Irak, site cité comme le paradis perdu. Il est probable que l’on saute trop vite aux conclusions quand on déduit, notamment des propos de Powell, que les USA veulent « remodeler » cette région du monde, en redessiner la carte géopolitique. Les Arabes s’inquiètent. Dans leur manifeste de sommet, ils clament que les peuples (les gouvernements, veulent-ils dire en réalité) du Moyen-Orient décident seuls de leur évolution ou de leurs révolutions. Ils vont sans doute de la sorte trop vite, trop loin. Et risquent de donner au nouvel Empire des idées qu’il n’a pas encore. Car, à bien entendre Bush, la prise en main prochaine de l’Irak devrait permettre de créer un modèle dit démocratique que chacun pourrait ensuite recopier chez lui, tranquillement, à son rythme, à sa manière. Les Américains ne sont sûrement pas assez malvoyants pour ne pas réaliser que ce n’est ni du dehors ni en un tournemain que l’on peut déprogrammer les mentalités orientales. Leur ambassadeur au Liban leur a certainement appris, entre mille autres exemples, que l’abolition du confessionnalisme traîne les pieds chez nous depuis des dizaines d’années. De toute évidence, partout ailleurs en Orient, le despotisme, le sectarisme, le tribalisme, le satrapisme séculaires paraissent encore plus difficiles à déraciner. Alors le film américain, ce n’est que du ciné ? Pas tout à fait, mais c’est un long métrage, une superproduction à la Cecil B. De Mille Dans un monde en recréation, la prise de Babylone, mon Dieu, ce n’est jamais que le premier Âge... Jean ISSA
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Lorsqu’un jeune homme demande la main d’une jeune fille à ses parents, rien n’est encore fait. Pourtant, quelque part leur destin s’en trouve sinon scellé du moins marqué à jamais. Leur statut social se modifie automatiquement. Lui, il devient un fiancé ou un prétendant éconduit. Elle, elle devient une future mariée, ou reste une demoiselle flatteusement recherchée. L’éventail des éventualités est infiniment large. D’autant que, généralement, c’est tout un entourage qu’une simple demande en mariage concerne ou affecte à des degrés divers. Eh bien, c’est à peu près la même chose aujourd’hui avec les déclarations d’intentions américaines. L’histoire fabrique souvent de prodigieux accidents à partir d’un mot, d’une petite phrase. Aujourd’hui, à bien y regarder, la situation est absurde...