Très discret au Festival international du film la Berlinale, le cinéma arabe se décline cette année surtout dans les couleurs et la musique de la Tunisie, avec deux hymnes d’amour aux Tunisiens, un peuple poète et philosophe. C’est une petite librairie sortie d’un conte, nichée entre deux ruelles immaculées de Tunis. À l’intérieur, des « drames » humains qui n’ont de dramatiques que leur mimique théâtrale meublent les heures langoureuses du Maghreb. El-Kotbia (La Librairie) de Nawfel Saheb-Ettaba est une sorte de huis clos autour de personnages à l’humanité réconfortante : Aïcha, majestueuse veuve d’el-Hadj, personnalité respectée de Tunis, son fils l’érudit mais mou Tarek qui a hérité de la librairie, son épouse, la sulfureuse Leïla, et l’employé Jamil à la mélancolie à fleur de peau. Dans l’espace habité par des beaux livres mais rarement par des clients, la voix sensuelle de Leïla chante ses rêves d’horizons lointains. Quitter l’appartement adjacent à la librairie, aux anciens meubles lourds et aux murs tapissés de portraits du Hadj, alors que Tarek, son époux, vit dans la vénération de l’héritage laissé par son père. Pendant ce temps, le vibrant Jamil, revenu de France au pays après que la maladie lui eut dérobé celle qu’il aimait, et Aïcha, réfugiée dans son monde intérieur depuis la mort de son mari, se séduisent d’un regard. Leurs voix si douces et leurs visages rayonnant de sagesse dans la pénombre du soir, ils se reconnaissent sans s’être jamais connus. L’espoir, la patience, la sérénité, la sagesse et surtout l’amour comme mode de vie, c’est le message généreux qu’apporte ce film à tous ceux qui marchent trop vite et oublient l’essentiel. C’est aussi le propos du documentaire Le chant du millénaire, de Mohamed Zran, une balade à travers le pays à la rencontre des paysans, de leurs envies et leurs craintes. « La mer est fatiguée, il y a trop de maladies », déplore un pêcheur de la côte. La vie est très dure et l’avenir matériel incertain, mais « si tu compares la vie en Tunisie avec celle en France ou aux États-Unis, on vit mieux ici : on se couche et on se réveille en paix.» Une institutrice doit chaque jour faire un trajet interminable par des pistes pour atteindre son école. « Qui viendrait enseigner dans ce trou si je n’y allais pas ? » À l’école, les enfants racontent leurs rêvent pour le troisième millénaire : « Construire une maison au milieu de la mer », « être une tortue parce qu’elle marche lentement et vit longtemps »... « On n’a pas beaucoup d’argent, mais avec la patience on y arrive, moi avec le labour, elle avec ses brebis, on met un peu de côté et on soigne bien nos arbres fruitiers pour qu’ils nous récompensent au printemps. Et comme ça, on construit notre foyer petit à petit, un peu comme la Tunisie a été construite », explique un paysan et sa femme. « J’ai fait ce film pour mon pays, pour dire à ceux qui rêvent de folle modernité : écoutez ces gens formidables à la philosophie simple et si harmonieuse, qui manque tant aux sociétés modernes esclaves de leur montre », relève le réalisateur. « La Tunisie a accepté d’entrer dans la mondialisation, il faut en assumer les conséquences, poursuit-il. Mais il faut garder l’acquis, la sagesse transmise depuis des générations. »
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Très discret au Festival international du film la Berlinale, le cinéma arabe se décline cette année surtout dans les couleurs et la musique de la Tunisie, avec deux hymnes d’amour aux Tunisiens, un peuple poète et philosophe. C’est une petite librairie sortie d’un conte, nichée entre deux ruelles immaculées de Tunis. À l’intérieur, des « drames » humains qui n’ont de dramatiques que leur mimique théâtrale meublent les heures langoureuses du Maghreb. El-Kotbia (La Librairie) de Nawfel Saheb-Ettaba est une sorte de huis clos autour de personnages à l’humanité réconfortante : Aïcha, majestueuse veuve d’el-Hadj, personnalité respectée de Tunis, son fils l’érudit mais mou Tarek qui a hérité de la librairie, son épouse, la sulfureuse Leïla, et l’employé Jamil à la mélancolie à fleur de peau. Dans...