Un ambassadeur irakien et deux pays arabes, l’Égypte et la Mauritanie, ont démenti hier tout projet de départ en exil de Saddam Hussein, après les propos du secrétaire américain à la Défense, pour qui le départ du président irakien éviterait une guerre. La rumeur d’un départ en exil de Saddam Hussein, ou de pressions en ce sens de différents pays, ne fait que s’amplifier depuis plusieurs jours dans la presse occidentale. Le journal britannique Daily Telegraph déclarait ainsi la semaine dernière que le leader irakien pourrait s’exiler en Russie, au Belarus, en Égypte, en Libye ou en Mauritanie. Mardi, le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld a relancé les spéculations, en déclarant notamment à propos du dirigeant irakien : « J’espère encore qu’il s’en ira. Et j’espère que ce pays sera désarmé, et j’espère qu’il ne faudra pas utiliser la force. Mais dans l’intervalle, nous continuons à amasser des troupes. » L’ambassadeur d’Irak à Moscou, Abbas Khalaf, a vivement réagi hier, affirmant qu’aucun pourparler n’était en cours sur cette question avec la Russie et que Saddam Hussein n’avait aucune intention de fuir. « C’est du délire et de l’affabulation. Il ne peut en être question », a déclaré l’ambassadeur, accusant Washington d’être à l’origine de ces informations « pour tenter de semer la discorde entre la Russie et l’Irak ». Le journal allemand Tageszeitung affirme dans son édition parue aujourd’uhi que Moscou, en accord avec Washington, tente de convaincre le président irakien de s’exiler en Russie. « Je peux vous assurer que (Saddam) Hussein va continuer à défendre sa patrie, il fait partie des leaders qui ne quitteront jamais leur pays et se battront jusqu’à la dernière goutte de sang », a encore déclaré M. Khalaf à l’agence russe Interfax. Les informations sur des tractations pour un exil en Russie « sont du même tonneau que celles selon lesquelles le fils aîné de Saddam aurait fait un voyage à Moscou et le président irakien aurait versé 3 milliards de dollars à la Libye en échange d’une promesse d’asile », a ajouté l’ambassadeur. Selon le Tageszeitung, le président russe, Vladimir Poutine, prépare « une initiative de paix » concernant l’Irak, et un émissaire russe se trouve à Bagdad depuis novembre pour évaluer les possibilités d’évincer Saddam Hussein du pouvoir et lui préparer une voie d’exil en Russie. Citées également par la presse occidentale et arabe, l’Égypte et la Mauritanie ont démenti toute intervention pour un départ éventuel de l’homme fort de Bagdad. Le chef de la diplomatie égyptienne Ahmed Maher a ainsi répété hier que son pays ne cherche en rien à convaincre le président irakien de partir. « Les informations à ce sujet sont totalement fausses. Nous ne nous ingérons pas dans les affaires des autres États, et nous ne nous mêlons pas du choix du président d’un pays, c’est au peuple irakien seul de décider de cela », a déclaré M. Maher à l’hebdomadaire gouvernemental al-Moussaouar. La rumeur était née lorsque le Premier ministre britannique Tony Blair se trouvait en vacances en Égypte, pour le Nouvel An. Il aurait, selon des journalistes égyptiens, sollicité l’aide du Caire pour faire partir Saddam Hussein, lors d’un entretien avec le président Hosni Moubarak. À Nouakchott, l’agence officielle d’information AMI a elle aussi « catégoriquement » démenti hier les rumeurs concernant un exil en Mauritanie. La Mauritanie, qui entretenait des relations étroites avec l’Irak jusqu’à la fin de la guerre du Golfe, a rompu ses relations diplomatiques avec Bagdad en 1999, l’accusant de chercher à fomenter des troubles dans le pays.
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