Si son nom n’est pas forcément très bien connu du grand public, Pete Townshend fait partie des principaux symboles du rock des années 60, considéré comme l’égal de Bob Dylan, John Lennon, Paul McCartney, Mick Jagger ou Keith Richards. L’homme au nez en forme de fuselage de Concorde est l’âme des « Who », groupe qui, avec les Beatles, les Stones et les Kinks, constitua le poker d’as des formations qui accompagnèrent la révolution rock des années 60. Né le 19 mai 1945 à Londres dans le quartier de Chiswick, dans une famille d’artistes (sa mère Betty est chanteuse, son père Cliff est saxophoniste), l’adolescent se prend de passion pour la musique noire américaine. À la tête des Detours, qui deviendront les Who, il interprète des chansons des grands noms de la musique noire américaine (Bo Diddley, James Brown...) avant de se révéler comme un auteur-compositeur de premier plan dès 1965 avec la chanson My Generation, véritable hymne d’une jeunesse encore sous la coupe parentale. My Generation contient en particulier un des vers les plus connus de la culture rock, le devenu fameux Hope I’ll Die Before I Get Old (J’espère mourir avant d’être vieux). Une formule qui, le temps venant, ne manquera pas de lui être périodiquement rappelée avec ironie, par ses cadets. Si le chanteur Roger Daltrey est le « sex symbol » des Who, la direction du groupe (que complètent le turbulent batteur Keith Moon, mort le 23 août 1978, et le stoïque bassiste John Entwistle, disparu le 27 juin dernier) incombe en revanche toute entière à Townshend, qui mène l’ensemble d’une main de fer. Après avoir enchaîné les tubes (I Can’t Explain et The Kids Are Alright en 1965, My Generation en 1966...), Pete Townshend s’attelle en 1968 à Tommy, son grand œuvre. Ce double album, qui aura un succès retentissant et sera porté à l’écran, narre la vie de « Tommy », jeune garçon sourd muet et aveugle que sa dextérité au flipper électrique conduira à la gloire. Mysticisme, réflexion sur le pouvoir et les chausse-trappes de la gloire, dénonciation de la manipulation mentale : tous ces ingrédients constituent le terreau de l’imagination fertile de ce musicien. Pete Townshend – qui a connu de nombreux problèmes de dépendance à la drogue puis à l’alcool – a toujours été considéré comme un des musiciens de sa génération les plus subtils. En 1977, il sera un des rares « anciens » à bénéficier de l’indulgence de la génération punk. Des groupes comme The Jam ou les Sex Pistols n’ont pas manqué de reconnaître la dette qu’ils doivent aux Who et à Townshend. Jadis mystique (il suivit au début des années 70 l’enseignement du gourou Meher Baba), aujourd’hui gagné aux plaisirs de la navigation de plaisance, Pete Townshend a souvent traité des sujets délicats, parfois provocants : Mary Anne With The Shaky Hand et Pictures Of Lily dans les années 60 abordaient la masturbation, I’m A Boy le trouble de l’identité sexuelle. En revanche, si les Who ont évoqué le thème de la pédophilie dans l’album Tommy, avec la chanson Cousin Kevin, il convient de noter que celle-ci – qui était sans complaisance à l’égard de l’oncle libidineux subornant son jeune neveu – était une des rares chansons à ne pas avoir été signées par Townshend mais par Entwistle.
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