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IMPRESSION Valeurs d’hiver, couleurs d’été

Réminiscence d’une année aux beaux-arts, cette affreuse potiche en terre cuite posée sur un guéridon entouré d’une étoffe savamment drapée en spirale: dessiner ça ! Ça, pensum de base, avec dans la tête un reste d’illusions et le précieux conseil d’un lama inconnu: « Si tu veux dessiner un roseau, laisse-le d’abord pousser en toi.» Devenir potiche, pour mériter la poussière de son fusain. Remonter la mémoire de la potiche, jusqu’à sa matière clayeuse dont paraît-il nous sommes. L’imaginer tournant sur le tour du potier sans imagination qui l’a faite. Le maudire ainsi que le camelot de bord de route qui la vendait pour de l’art, parmi ses saints de plâtre. Songer à la lente dissécation achevant de la figer dans son statut de potiche, dans cette terre dure et rugueuse qui l’accomplit et nous résorbe, et n’accroche pas le moindre rayon qui puisse donner prétexte à une ronde bosse. Cette potiche, nous l’observions jusqu’à la nausée. Dans le rendu final, elle ressemblait à un cadavre. Ainsi travaillions-nous les « valeurs »: acception nouvelle d’un mot connoté d’un poids moral, et qui se révèle dans l’esthétique porteur de contours, de noirs, de blancs, d’ombres, de lumières, toujours manichéen, mais avec ce privilège de donner à lui seul l’illusion du relief. Ce noir et blanc de l’hiver, qu’il ne nous est pas souvent donné de voir depuis notre bord de Méditerranée. Ailleurs, il charbonne les arêtes des immeubles, transforme les arbres et les feux de signalisations en autant de barreaux et de herses, barbouille de ses gris les perspectives, efface le tout de ses neiges tenaces. De la vie en noir et blanc, on ne voit que l’essentiel. Il suffit d’im giner le reste. Au bout du supplice de la potiche, il y a le plus exquis: jeter la couleur. On se dit qu’on va enfin pouvoir s’éclater, mais on n’est pas au bout de ses peines. On a l’impression d’enfin adhérer au réel, l’illusion que peut-être le cadavre aura un sursaut, mais plus on en étale, plus il s’encroûte et se fige. Toutes les nuances du monde, tous les pigments, les teintes les plus réjouissantes tout droit sorties des tubes échouent à le faire vibrer. Ainsi de l’été sans fin sous nos regards blasés d’un trop-plein de couleurs. Ainsi des grâces abusives de nos climats privilégiés. Qu’advienne un seul hiver et qu’il nous trace ses valeurs. Que tout s’efface et que tout recommence. Et que s’éduque par le manque notre regard calamiteux de peintres du dimanche! Fifi ABOUDIB
Réminiscence d’une année aux beaux-arts, cette affreuse potiche en terre cuite posée sur un guéridon entouré d’une étoffe savamment drapée en spirale: dessiner ça ! Ça, pensum de base, avec dans la tête un reste d’illusions et le précieux conseil d’un lama inconnu: « Si tu veux dessiner un roseau, laisse-le d’abord pousser en toi.» Devenir potiche, pour mériter la poussière de son fusain. Remonter la mémoire de la potiche, jusqu’à sa matière clayeuse dont paraît-il nous sommes. L’imaginer tournant sur le tour du potier sans imagination qui l’a faite. Le maudire ainsi que le camelot de bord de route qui la vendait pour de l’art, parmi ses saints de plâtre. Songer à la lente dissécation achevant de la figer dans son statut de potiche, dans cette terre dure et rugueuse qui l’accomplit et nous...