Policiers et gardes-frontières israéliens sont au bout de la rue pavée, à tout juste 200 m de là, fusil au poing. Massés à la Porte des lions, l’une des entrées dans la vieille ville de Jérusalem, plusieurs dizaines de jeunes Palestiniens les narguent, gestes à l’appui. Les plus hardis s’approchent en se glissant le long des murs ou bien jaillissent soudain de l’encoignure d’une porte pour leur lancer une pierre, avant de se mettre de nouveau à l’abri. Soudain, une détonation claque. Un homme s’écroule en se tenant le haut de la cuisse. Ses camarades se ruent sur lui et l’emportent en courant au milieu des hurlements vers l’une des nombreuses ambulances qui attendent, prêtes à évacuer les blessés toutes sirènes hurlantes. En fin d’après-midi, ce scénario macabre avait coûté la vie à un manifestant, un gamin de 12 ans touché en pleine tête, alors qu’au moins une vingtaine, selon le personnel médical sur place, avaient été blessés. Comme dans tous les territoires occupés, les jeunes Palestiniens de Jérusalem-Est, la partie arabe de la Ville sainte, ont célébré eux aussi cette «journée de la colère». Les incidents ont toutefois été nettement moins graves que ceux du précédent vendredi, lorsque la police avait ouvert le feu sur une foule qui lui jetait des pierres sur l’Esplanade des mosquées, tuant sept manifestants. La Porte des lions est l’entrée la plus proche de l’Esplanade, le troisième Lieu saint de l’islam, où se dressent la mosquée al-Aqsa et le Dôme du rocher. C’est aussi par cette porte que les soldats israéliens avaient pénétré en juin 1967 lorsqu’ils avaient conquis Jérusalem-Est. Les membres du Fateh (la principale composante de l’OLP) qui assuraient la sécurité autour de l’Esplanade ayant tout fait pour empêcher une répétition de la tragédie de la semaine précédente, c’est logiquement à la Porte des lions que les incidents ont commencé. Tout a commencé par l’attaque et l’incendie par plusieurs dizaines de jeunes Palestiniens du poste de police qui se trouve sous cette porte. Sept ou huit policiers étaient alors à l’intérieur, bloqués et menacés de suffocation en raison de la fumée. Ils n’ont dû la vie qu’à l’intervention opportune d’une unité spéciale de la police. Ne parvenant pas à forcer la porte de métal, les membres de cette unité ont dû en faire sauter la serrure au fusil-mitrailleur, avant de pouvoir enfin extraire leurs camarades, visiblement mal en point. Une heure plus tard, des flammes et une épaisse fumée noire sortaient encore d’une fenêtre de ce poste de police. L’extérieur de la muraille était lui aussi noirci et une caméra installée par la police pour surveiller les alentours achevait de se calciner. Commence alors le petit jeu mortel du chat et de la souris entre policiers et manifestants lanceurs de pierres, qui va durer plusieurs heures. Le scénario est immuable : à chaque détonation, les manifestants s’éparpillent, avant de revenir quelques secondes plus tard. Ces affrontements continueront «tant qu’ils ne nous donneront pas nos droits», affirme un ambulancier palestinien de 30 ans, Ammar Fakhouri, qui vit dans la vieille ville à une centaine de mètres de la Porte des lions. «C’est notre pays», affirme-t-il. Un gamin passe en courant, le poignet droit enveloppé d’un bandage. Il s’appelle Daoud et dit avoir 15 ans. Malgré sa blessure, provoquée par une balle caoutchoutée, il se dit prêt à remettre ça. «Je n’ai pas peur», se contente-t-il de dire lorsqu’on lui fait remarquer qu’il n’a que des pierres et que ceux d’en face ont des fusils. Au même moment, une ambulance évacuant un nouveau blessé sort à toute allure par la Porte des lions, son conducteur gesticulant pour faire écarter les manifestants. Sur la gauche, tout en haut de la muraille, se découpent les silhouettes d’une vingtaine de jeunes gens, qui ont installé un drapeau palestinien et balancent eux aussi des projectiles sur les policiers situés en contrebas. La police les en délogera vite, mais le drapeau palestinien aura flotté quelques minutes sur la vieille ville.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Policiers et gardes-frontières israéliens sont au bout de la rue pavée, à tout juste 200 m de là, fusil au poing. Massés à la Porte des lions, l’une des entrées dans la vieille ville de Jérusalem, plusieurs dizaines de jeunes Palestiniens les narguent, gestes à l’appui. Les plus hardis s’approchent en se glissant le long des murs ou bien jaillissent soudain de l’encoignure d’une porte pour leur lancer une pierre, avant de se mettre de nouveau à l’abri. Soudain, une détonation claque. Un homme s’écroule en se tenant le haut de la cuisse. Ses camarades se ruent sur lui et l’emportent en courant au milieu des hurlements vers l’une des nombreuses ambulances qui attendent, prêtes à évacuer les blessés toutes sirènes hurlantes. En fin d’après-midi, ce scénario macabre avait coûté la vie à un...