La Côte d’Ivoire retient son souffle avant un week-end crucial pour le processus électoral engagé par la junte au pouvoir, avec l’annonce attendue aujourd’hui de la liste des candidats éligibles pour la présidentielle du 22 octobre et après celle mercredi soir de l’instauration de l’état d’urgence. L’élimination prévue par de nombreux observateurs de l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara fait craindre à certains analystes que le pays, longtemps pôle de stabilité et de croissance économique en Afrique de l’Ouest, ne sombre dans l’instabilité avec notamment une fracture Nord musulman-Sud chrétien. Le régime militaire au pouvoir depuis le putsch du 24 décembre 1999 a annoncé l’imposition de l’état d’urgence du vendredi 6 au lundi 9 octobre. Cette mesure s’accompagne d’un couvre-feu et «a pour objet de prévenir les graves menaces qui pèsent sur la sécurité des personnes et des biens en cette période pré-électorale». Une explosion qui a fait quatre morts mercredi dans la principale gare routière d’Abidjan, d’origine indéterminée selon les pompiers mais que la télévision a attribuée à une bombe, risque de renforcer la tension. Le pouvoir a multiplié ces derniers temps les mesures pour isoler M. Ouattara et démontrer sa détermination à mater toute contestation. Un «grand nettoyage» a suivi l’attaque mi-septembre de la résidence du général Robert Gueï, chef de la junte. Les numéros 2 et 3 du régime militaire, réputés «alassanistes», sont en fuite, accusés d’avoir commandité l’attentat. Les éléments jugés «peu sûrs» de la garde présidentielle ont été arrêtés, certaines familles et Amnesty International dénonçant des disparitions. Le ménage fait dans l’armée, plusieurs gardes du corps de M. Ouattara ont été arrêtés en début de semaine, accusés de préparer des troubles en cas d’invalidation de leur patron. Avec un langage très dur, la junte a averti qu’elle rendrait «coup pour coup» et les militaires ont multiplié les démonstrations de force à Abidjan – barrages, patrouilles, fouilles... La crise politique ivoirienne se cristallise ainsi une fois de plus sur les ambitions de l’ancien Premier ministre de Félix Houphouët-Boigny, plus isolé que jamais face aux accusations de ne pas être ivoirien ou de «s’être prévalu» de la nationalité burkinabée. Le général Gueï ne cesse de fustiger «un homme dont la prétention et la morgue irritent la Côte d’Ivoire tout entière», et le Front populaire ivoirien (socialiste) de Laurent Gbagbo – autre «candidat poids lourd» à la présidence – dénonce «celui qui s’est découvert ivoirien à 40 ans». C’est finalement le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), au pouvoir jusqu’au putsch, fer de lance de la lutte anti-Ouattara sous le président déchu Henri Konan Bédié, qui est aujourd’hui le plus discret. Il est vrai que le candidat du PDCI, Émile Constant Bombet, pourrait lui aussi être invalidé et que le «vieux parti» est déchiré, certains «barons» étant tentés de soutenir le général Gueï dans sa tentative de rester au pouvoir par les urnes. Les partisans de M. Ouattara mettent en garde contre les risques de fracture sociale causée selon eux par «l’épuration systématique des gens du Nord», région à majorité musulmane dont est originaire l’ancien directeur général adjoint du FMI. «Nous en appelons à la communauté internationale qui voit la dictature s’instaurer sous ses yeux. Les élections n’auront plus aucun sens», dit Aly Coulibaly, porte-parole de M. Ouattara. Mais les tentatives de médiation extérieure, dont la dernière en date de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), sont restées lettre morte. C’est la chambre constitutionnelle de la Cour suprême qui tranchera quels candidats sont retenus parmi les 19 ayant déposé leurs dossiers. Elle est présidée par le juge Tia Koné, considéré comme un proche du général Gueï. En attendant, beaucoup d’Abidjanais ont fait des courses «par précaution» et nombre d’avions affichent complets.
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