Le plus jeune fils de l’ex-président indonésien Suharto, Tommy, condamné à 18 mois de prison pour corruption, a reconnu mardi sa culpabilité et demandé une grâce présidentielle, selon son avocat. C’est la première fois qu’un membre de la famille de Suharto, contraint à la démission en mai 1998 après 32 années au pouvoir, reconnaît sa culpabilité dans une affaire de corruption. Cette annonce intervient cinq jours après qu’un tribunal eut abandonné les accusations de corruption contre Suharto, 79 ans, qui a été déclaré inapte à être jugé par une équipe de médecins, une décision qui avait provoqué de violentes manifestations à Djakarta. Le président Abdurrahman Wahid, en visite officielle au Canada, qui avait violemment mis en cause le mois dernier Tommy, en l’accusant d’être impliqué dans une série d’attentats à la bombe, n’a pas encore fait savoir s’il accepterait cette demande de grâce. Une décision de grâce apparaîtrait en contradiction avec la fermeté professée ces derniers jours par le président Wahid et ses attaques envers Tommy. Et une réponse positive pourrait renforcer la conviction de nombre d’Indonésiens que les Suharto sont encore «intouchables», et que la justice et les autorités ne veulent pas solder les comptes du passé. Tommy, un richissime homme d’affaires de 37 ans, perçu comme un symbole du népotisme des années Suharto par une large partie de la population, a été condamné le 22 septembre à 18 mois de prison par la Cour suprême. La cour l’a reconnu coupable d’avoir causé un préjudice de plus de 10 millions de dollars à l’État dans une affaire foncière. Tommy, qui avait été relaxé en première instance et en appel, doit payer 3,5 millions de dollars de dommages. Sa demande de grâce concerne aussi cette amende, a indiqué son avocat. Ce dernier, Me Bob Nasution a indiqué que Hutomo «Tommy» Mandala Putra avait demandé à la justice un sursis à son incarcération. «S’il n’avait pas admis sa culpabilité, il n’aurait pas demandé» une grâce présidentielle, a déclaré l’avocat de Tommy aux journalistes. Entouré d’une nuée de gardes du corps et de policiers, Tommy s’est refusé à tout commentaire. «Je ne m’exprime pas avec des si», a-t-il répondu à une question portant sur sa réaction si le président Wahid refusait la grâce. Le procureur général du tribunal de la région sud de Djakarta Antasari Azhar a indiqué que Tommy serait immédiatement placé en détention si sa demande d’une suspension du jugement était rejetée. «Nous attendons une décision (du tribunal) sur l’acceptation de cette demande», a-t-il déclaré. Il a expliqué que Tommy avait reconnu sa «négligence» dans l’affaire. Un autre des avocats de Tommy, Herman Umar, a, lui, affirmé que Tommy tenterait d’obtenir une révision du jugement et expliqué que son client avait demandé la grâce uniquement pour éviter d’aller tout de suite en prison. La fortune de Tommy, considéré comme le fils préféré de Suharto, amateur de casinos et de voitures de course, a été estimé à 800 millions de dollars par le magazine américain Time. Les cinq autres enfants de Suharto ont largement bénéficié de la position de leur père pour amasser plusieurs milliards de dollars. La famille Suharto aurait accumulé 15 milliards de dollars, selon Time. Le président Wahid avait mis en cause Tommy le mois dernier dans une récente série d’attentats à la bombe à Djakarta. L’un de ces attentats, contre la Bourse de Djakarta, avait fait 10 morts à la veille de la deuxième audience du procès de Suharto. Tommy avait été interrogé par les enquêteurs, mais la police a indiqué ne pas avoir de preuves de son implication dans ces attentats.
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