Géant de la politique canadienne, l’ancien Premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau a plus que quiconque dominé la vie publique du Canada au cours des dernières décennies. Élu cinq fois Premier ministre entre 1968 et 1984, sauf pour un intermède de quelques mois en 1979-1980, Pierre Elliott Trudeau a tenté de créer un sentiment national canadien, en dépit d’une histoire lourde de clivages entre anglophones et francophones et entre les différentes régions de ce vaste pays. Cet ardent défenseur de l’unité nationale a cependant obtenu plus de succès dans ses efforts pour doter le Canada de sa propre personnalité sur la scène internationale, malgré le voisinage encombrant des États Unis. Audacieux pour les uns et arrogant pour les autres, admiré ou détesté, l’ancien Premier ministre ne laissait personne indifférent, plus de 15 ans après son retrait de la vie politique canadienne. À la fin de 1999, la presse canadienne l’avait choisi comme personnalité du siècle au Canada. L’homme au regard perçant et aux traits légèrement asiatiques était connu pour son élégance et portait toujours une rose à la boutonnière. Il vouait une grande admiration à Cyrano de Bergerac, aimait la nature et s’est présenté parfois à la Chambre des communes sans cravate ou en sandales. Cet avocat, né en 1919 dans une famille bourgeoise franco-écossaise de Montréal, avait fréquenté les grandes institutions du savoir (Harvard, la London School of Economics ou l’Institut d’études politiques à Paris) et sillonné le monde avant d’amorcer une carrière fulgurante en politique. Élu député fédéral en 1965, nommé ministre de la Justice deux ans plus tard, il devient en 1968 chef du Parti libéral puis Premier ministre du pays, au terme d’une campagne où les jeunes femmes se jettent à son cou et se disputent les boutons de sa veste. C’est la «Trudeaumanie». Cette image de play-boy ne le quittera plus. En 1971, à 52 ans, il épouse Margaret Sinclair, sa cadette de 29 ans, de qui il aura trois fils et dont il se séparera en 1977. En 1991, à 72 ans, il est à nouveau père, cette fois d’une fille, à la suite d’une liaison. Au pouvoir, il impose sa marque en faisant adopter en 1969 la loi sur le bilinguisme officiel, qui place le français sur le même pied que l’anglais dans les institutions fédérales. En 1970, ce défenseur des libertés individuelles doit affronter la «crise d’octobre», alors que le Front de libération du Québec enlève un diplomate britannique et un ministre québécois, qui sera assassiné. Il emploie la manière forte, envoyant l’armée au Québec et faisant arrêter 500 présumés sympathisants du FLQ. Il refuse obstinément ensuite de concéder à la province tout pouvoir qui lui permettrait de défendre sa spécificité culturelle de seule province majoritairement francophone au Canada. En 1980, Trudeau remporte sa plus grande victoire contre les indépendantistes du Premier ministre québécois René Lévesque, battus lors d’un premier référendum sur la souveraineté de la province. Deux ans plus tard, lors du «rapatriement» de la Constitution canadienne de Londres à Ottawa, il fera adopter une Charte des droits et libertés, affaiblissant les pouvoirs du Québec notamment en matière linguistique. Sur le plan international, ses politiques économiques interventionnistes sont décriées par Washington, qui ne prise pas davantage sa défense du dialogue Nord/Sud, son amitié pour Fidel Castro ou ses sorties contre la course aux armements. En juin 1984, il quitte le pouvoir et retourne à la pratique privée du droit. Il ne se détourne pas pour autant des querelles constitutionnelles, avec quelques déclarations fortes en 1990 contre un projet d’accord constitutionnel faisant selon lui la part trop belle au Québec. Malgré une baisse de sa popularité, le pays tout entier témoigne de compassion lors de la mort en novembre 1998 de son fils Michel, emporté par une avalanche dans l’ouest canadien. Lors de ses obsèques, les Canadiens découvrent un homme qu’il n’ont jamais vu, un père de famille complètement dévasté.
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