L’Égypte voit son rôle de catalyseur dans le processus de paix mis à rude épreuve sur la question de Jérusalem, car elle doit concilier ses engagements arabes et son partenariat privilégié avec les États-Unis. Lors du sommet de Camp David qui a réuni du 11 au 25 juillet Israéliens, Palestiniens et Américains, le président égyptien Hosni Moubarak n’a pas œuvré comme d’habitude à un compromis mais, à l’inverse, a encouragé le président palestinien Yasser Arafat à la fermeté, selon le récit de l’éditorialiste du New York Times, Thomas Friedman. Reflétant la déception américaine devant l’attitude du président égyptien, l’éditorialiste américain affirme que Clinton a téléphoné à Moubarak depuis Okinawa (Japon), où il assistait au sommet du G8, pour lui demander de convaincre Arafat de reléguer la question de Jérusalem à une phase ultérieure et de signer un accord sur toutes les autres questions. Mais, poursuit M. Friedman, «alors que le roi Abdallah II de Jordanie a essayé d’aider, M. Moubarak a, au contraire, décidé de se rendre en Arabie séoudite et a joint sa voix à celle des Séoudiens pour appeler les Palestiniens à refuser toute concession sur Jérusalem». Au terme d’une visite de M. Moubarak à Djeddah le 23 juillet, soit 48 heures avant l’annonce de l’échec du sommet de Camp David, Le Caire et Ryad ont de fait exprimé leur soutien à la position de M. Arafat concernant Jérusalem. Malgré cette rigidité, l’Égypte souhaite toutefois préserver son rôle d’interlocuteur de poids au Proche-Orient et ses liens privilégiés avec les États-Unis qui lui versent une aide annuelle civile et militaire de 2,1 milliards de dollars depuis qu’elle a, la première, fait la paix avec Israël lors d’un sommet à Camp David en 1978. Ainsi, malgré les appels répétés des Palestiniens à la tenue d’un sommet ou un mini-sommet arabe pour conforter leur position sur Jérusalem, le chef de la diplomatie égyptienne, Amr Moussa, a catégoriquement exclu la tenue d’une telle réunion, à l’issue d’une rencontre mercredi entre MM. Arafat et Moubarak. La tenue d’un tel sommet avec l’aide de l’Égypte, où siège la Ligue arabe, aurait été considérée par Washington comme un nouveau signe d’intransigeance, au moment où M. Clinton s’efforce de peser sur les Palestiniens pour les conduire à plus de souplesse. En accueillant hier le Premier ministre israélien Ehud Barak, M. Moubarak manifeste sa volonté de poursuivre son rôle d’intermédiaire. Et en dépit des attaques virulentes de la presse gouvernementale égyptienne contre les positions de M. Clinton, qu’elle juge «partiales et incompatibles avec le rôle d’honnête courtier» attendu de Washington, les responsables égyptiens font montre de plus de prudence. Ils font valoir en privé que dans une région où le conflit dure depuis plus de cinquante ans et qui a connu quatre guerres, l’émotion reste vive dans les populations. Ainsi, une paix «déséquilibrée» pourrait coûter la vie à ses signataires, affirment-ils en rappelant que les images des assassinats de l’ancien président égyptien Anouar Sadate en 1981 et de l’ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995 sont toujours dans les mémoires.
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