Dix ans après son suicide à New York, l’écrivain cubain Reinaldo Arenas, esprit trop libre et trop «gay» pour le régime castriste qui l’emprisonna et le poussa à l’exil, revit sur les écrans de la Mostra de Venise dans le portrait-hommage que brosse le peintre et réalisateur américain Julian Schnabel. Before Night Falls (Avant la nuit, titre de l’autobiographie de l’écrivain), en compétition pour le Lion d’or, «n’est pas un manifeste politique», a déclaré Julian Schnabel en présentant au Lido son film en première mondiale. Mais la voix de Reinaldo Arenas, «épine dans le flanc de Fidel Castro», «parle pour beaucoup de Cubains que nous n’avons pas entendus, une voix pleine d’excès et d’humour qui transforme ses souffrances en beauté». Le leader cubain est la star involontaire de ce film mêlant avec habilité images d’archives et reconstitution au Mexique de La Havane des années 60 et 70. Après avoir exposé dans les plus grands musées du monde, de New York à Tokyo en passant par le Centre Pompidou à Paris et le Musée Guggenheim à Bilbao, le peintre et sculpteur, né en 1951, avait présenté à la Mostra de Venise il y a quatre ans un autre portrait d’artiste marginal, prématurément disparu, le peintre Jean-Michel Basquiat. Dans cette ode à la liberté et à l’esprit de résistance, l’acteur espagnol Javier Bardem incarne l’écrivain maudit, enfant déçu de la révolution castriste, victime en tant qu’artiste et en tant qu’homme d’une société répressive. Né en 1943 dans une misérable famille de paysans, Reinaldo Arenas manifeste très tôt ses talents de poète et obtient à 20 ans un prix pour son premier et seul livre publié à Cuba, Celestino antes del alba. Communisme et capitalisme Les huit autres, interdits par le régime, le seront à l’étranger, dont «el mundo alucinante», sorti clandestinement et publié en France où il est primé en 1969. Le régime pardonne d’autant moins à l’écrivain cette transgression que Fidel Castro lance la chasse aux «éléments antisociaux», homosexuels ou dissidents politiques. Arrêté en 1973, Reinaldo passe deux ans en prison avec des criminels de droit commun, dont il devient l’écrivain public. En 1980, il part pour les États-Unis avec les dizaines de milliers de Cubains, délinquants, marginaux, malades, autorisés à quitter l’île lors de l’exode de Mariel. Mais il ne trouvera pas plus le bonheur en Amérique. Julian Schnabel dresse un portrait long (2h05) mais émouvant d’un homme, plein d’énergie et de joie, qui transforme ses douleurs et ses désillusions en mots, poétiques et désabusés, dits en voix off par Javier Bardem. «Il est un témoin et un emblème de la résistance, mais avant tout un être humain», dit le réalisateur qui rappelle qu’on a «crucifié un gay il n’y a pas si longtemps dans le Wyoming». «La différence entre le communisme et le capitalisme, disait Reinaldo Arenas après son arrivée aux États-Unis, c’est que si on te donne un coup de pied au cul, tu dois applaudir si tu es dans un régime communiste et tu peux crier si tu es dans un pays capitaliste». Crédible en écrivain gay, Javier Bardem, plus habitué aux rôles de macho, est entouré par un casting international (les Américain Johnny Depp et Sean Penn, le Français Olivier Martinez dans le rôle de l’ami fidèle Lazaro Gomez Carriles, l’Italien Andrea di Stefano) qui s’intègrent parfaitement dans le tableau. Julian Schnabel a même engagé sa femme (Basque espagnole) et son fils, qui joue le rôle de Reinaldo Arenas jeune.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dix ans après son suicide à New York, l’écrivain cubain Reinaldo Arenas, esprit trop libre et trop «gay» pour le régime castriste qui l’emprisonna et le poussa à l’exil, revit sur les écrans de la Mostra de Venise dans le portrait-hommage que brosse le peintre et réalisateur américain Julian Schnabel. Before Night Falls (Avant la nuit, titre de l’autobiographie de l’écrivain), en compétition pour le Lion d’or, «n’est pas un manifeste politique», a déclaré Julian Schnabel en présentant au Lido son film en première mondiale. Mais la voix de Reinaldo Arenas, «épine dans le flanc de Fidel Castro», «parle pour beaucoup de Cubains que nous n’avons pas entendus, une voix pleine d’excès et d’humour qui transforme ses souffrances en beauté». Le leader cubain est la star involontaire de ce...