Samedi, 21 heures. Centre-ville. Alors que les jeunes comme eux sont dans leur lit, trois enfants en bas âge occupent la ruelle. En face, Souk el-Barghout grouille. Un cul-de-jatte se traîne entre les passants ; un tétraplégique somnole, cloué sur une chaise roulante à laquelle on a pris soin de ficeler un petit seau en plastique… Et enfin, un gamin, bien portant lui, tend timidement la main en faisant les cent pas. Ils ont chacun 8 ans, 10 ans au maximum, novices même dans la mendicité. Ou alors déjà épuisés, rêvant d’un coin de lit, d’un peu de chaleur humaine, d’un brin de sécurité. À quelques pas de là, sur la rue principale, un agent veille à l’ordre, sa belle Harley Davidson garée contre le rebord du trottoir. Il tourne le dos au drame. Les lumières de la ville dansent au rythme d’une petite bise en cette fin de journée étouffante, la musique bat son plein, les lieux sont animés et les passants, qui, le temps d’un week-end, volent de rares moments de détente à un quotidien-ogre, regardent sans les voir les trois petits êtres s’agiter autour d’eux. Minuit. Le cul-de-jatte est parti. Les mains occupées à promener le tétraplégique déjà endormi, l’enfant bien portant sollicite les passants, du regard cette fois. «Où sont tes parents ?», «Là-bas», répond-t-il tournant la tête vers le Souk. Là-bas, rien n’a changé. Monsieur l’agent est toujours là, les lumières continuent de danser, la musique ne s’est pas encore tue, les lieux sont toujours animés et les passants passent... Le décor est planté, le commentaire superflu. Effrayante réalité. Assourdissant silence et brillante absence de responsables irresponsables. Sur toute la ligne.
Samedi, 21 heures. Centre-ville. Alors que les jeunes comme eux sont dans leur lit, trois enfants en bas âge occupent la ruelle. En face, Souk el-Barghout grouille. Un cul-de-jatte se traîne entre les passants ; un tétraplégique somnole, cloué sur une chaise roulante à laquelle on a pris soin de ficeler un petit seau en plastique… Et enfin, un gamin, bien portant lui, tend timidement la main en faisant les cent pas. Ils ont chacun 8 ans, 10 ans au maximum, novices même dans la mendicité. Ou alors déjà épuisés, rêvant d’un coin de lit, d’un peu de chaleur humaine, d’un brin de sécurité. À quelques pas de là, sur la rue principale, un agent veille à l’ordre, sa belle Harley Davidson garée contre le rebord du trottoir. Il tourne le dos au drame. Les lumières de la ville dansent au rythme d’une petite bise...
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