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Actualités - Reportages

Décoration... Michel Harmouch : salut l'artiste (photo)

Monsieur Harmouch ne mâche pas ses mots, il les sort rapidement, teintés d’humour et de franchise. Il n’aime pas les compromis, c’est clair, les affectations, les modes qui passent et les gens qui les suivent. Lorsqu’il bouge, s’impatiente, se fâche et puis sourit, il ressemble brusquement à monsieur Picasso, la moustache radieuse en plus, et ce véritable air d’un artiste heureux d’avoir déposé sa griffe dans les plus beaux hôtels, palais, demeures et banques, au Liban et à l’étranger. Qui des deux a choisi l’autre, serait-on tenté de demander, le décorateur son espace de prédilection ou le client son artiste de choix ? La symbiose parfaite permet de croire qu’un dialogue de cœur – à deux, ou trois, le lieu n’a-t-il pas son mot à dire? – aboutit à un magnifique tableau bien heureusement inachevé. Michel Harmouch a collectionné ses travaux comme des conquêtes séduites par son charme et son talent. Doyen, sans doute – il a à son actif quelques cinquante ans de métier et de coups de tête et de cœur – mais un doyen avec de l’énergie et un optimisme à revendre. Un passé chargé de rencontres heureuses dont il conserve tous les détails et, bien sûr, les ambiances. Des débuts peu timides De ses années d’écolier, Michel Harmouch se souvient surtout des cours de géographie, «j’étais fort dans cette matière parce que je dessinais de très belles cartes !», des images colorées, esquisses d’un métier et d’une passion qu’il rejoindra plus tard, «je ne me rappelle pas quand j’ai commencé à dessiner !». L’artiste légèrement paumé abandonne sa palette pour quelques années où il tente… des études de droit, «un exercice de l’esprit dont je me suis vite ennuyé…». Qui s’en étonnerait ? L’artiste retrouvé part pour la France, présente des concours, réussit et pénètre le monde de la décoration et ses ateliers, «la première année a été très dure. J’ai commencé par envahir les musées, les bibliothèques, j’ai même fait le guide pour des touristes américains, ce qui m’a permis de voir et de montrer tous les aspects de Paris. Pas l’entremetteur, mais presque !». Les années suivantes seront plus clémentes, «j’ai fini marié !», avec une proposition de travail qui l’emmène au Brésil et un retour au pays en 1952, «ma femme Jacqueline a tout de suite aimé le Liban. Pour moi, c’était le grand néant». Dans les bureaux d’Ibrahim Sursock situés à la place des Canons, il attend les clients «en jouant aux cartes ! Tout était à faire… Au bout de trois mois passés à fumer des cigarettes, le premier client débarque enfin». M.Georges Zahar reçu par un Michel Harmouch torse nu, la barbe apparente, demande à voir le jeune décorateur , «donnez lui cinq minutes, il arrive…». Quelques minutes et une mise en forme rapide plus tard, Michel réapparaît métamorphosé et déjà convainquant. La boutique Layette Zahar de Souk el-Tawilé signera son premier travail, «des lignes très pures et beaucoup de couleurs». Et son premier succès, suivi par les jardins et l’hôtel Excelsior, «j’ai eu la chance de rencontrer Prosper Gay Para, puis Myrna Boustany qui m’a présenté à son père», L’hôtel al-Bustan s’habillera des couleurs Harmouch dès 1956. Des couleurs et des tendances exposées enfin dans sa boutique Perspectives inaugurée à la rue Justinien. «Après, tout a suivi…» Beyrouth-Paris-Beyrouth Tout, ou presque… Une réputation qui le suivra partout, puis le précédera, même en France qu’il rejoint en 1972, avec sa femme et ses deux enfants, Halim et Martine. «Nous y avons passé quatorze ans à faire de très belles choses. Des banques, des espaces publics ; peu de maisons mais de belles maisons». Le secret de sa réussite, c’est, selon lui, «pas de complaisance ni de compromis. J’ai toujours mis mon petit doigt dans tout, je suis toujours le premier qui arrive au travail et le dernier qui repart. Notre métier, rajoute-t-il, c’est surtout 40 % de talent, 20 % de travail et le reste, de la psychologie. Le décorateur entre dans l’intimité des gens … La maison d’un client, c’est ma maison d’abord, après, elle devient à lui. En plus, c’est lui qui me paie !». La liste de ses clients est longue. Des institutions, la Banque Audi, le CCC, le CCF, la Banque de l’Industrie et du Commerce, la Chambre du commerce et de l’industrie, et d’autres, les palais du sultan Ben Fahd Ben Abdul Aziz, du roi Hussein de Jordanie, du prince Talal, le centre Sofil, le Rizk Plaza, l’hôtel Bristol, le Hilton Koweït, – il est consultant des Hilton –, le Méridien de Limassol, le Marina Club, Saïfi Housing, les résidences de Saïd Khoury, Hassib Sabbagh, BasileYared et François Bassil, pour n’en citer que quelques-uns. Il précise pourtant, «ce n’est pas la grandeur d’un projet qui est intéressant, mais ce qu’on a à en dire». Sa pièce préférée demeure la salle de bains, ses couleurs : le bleu, le vert, le mauve et le violet, «des couleurs froides pour mon tempérament chaud ! Quelquefois, lorsqu’un client arrive, je le vois en couleurs. Je peux partir d’un rien qui est en lui et en faire quelque chose. Je déteste la mode, elle est faite pour être démodée». Harmouche Michel, aujourd’hui «de passage dans les bureaux de mon fils Halim, et je ne suis pas payé, en plus !», court retrouver ses espaces préférés, «les pages blanches» qu’il s’empresse d’inonder de couleurs et de projets à réaliser. Le plus secret, «une maison close. Mais une belle, dans le style des années 1900…». Chapeau, et… salut l’artiste !
Monsieur Harmouch ne mâche pas ses mots, il les sort rapidement, teintés d’humour et de franchise. Il n’aime pas les compromis, c’est clair, les affectations, les modes qui passent et les gens qui les suivent. Lorsqu’il bouge, s’impatiente, se fâche et puis sourit, il ressemble brusquement à monsieur Picasso, la moustache radieuse en plus, et ce véritable air d’un artiste heureux d’avoir déposé sa griffe dans les plus beaux hôtels, palais, demeures et banques, au Liban et à l’étranger. Qui des deux a choisi l’autre, serait-on tenté de demander, le décorateur son espace de prédilection ou le client son artiste de choix ? La symbiose parfaite permet de croire qu’un dialogue de cœur – à deux, ou trois, le lieu n’a-t-il pas son mot à dire? – aboutit à un magnifique tableau bien heureusement...