La Russie fêtait hier la journée des troupes aéroportées, une tradition importante dans une société restée marquée par le militarisme soviétique, mais aussi l’occasion de festivités généralement très arrosées et accompagnées d’échauffourées. À Moscou, cette fête héritée du calendrier de l’URSS au même titre que celle des cheminots ou des gardes-frontières, était attendue comme tous les ans avec une certaine anxiété par les habitants et la police. En fin d’après-midi, plus d’un millier de parachutistes avaient déjà convergé comme à l’accoutumée vers le parc Gorki, dans le centre de la capitale, arborant le béret bleu et le maillot rayé traditionnels. Au fur et à mesure de l’avancée de la soirée, et de leur taux d’ébriété, des échauffourées éclatent généralement avec les forces de l’ordre. Les Moscovites préfèrent déserter rues et jardins publics de peur de prendre un mauvais coup. Quelque 80 paras avaient été interpellés en fin de journée pour «désordres», et des échanges de coups avaient eu lieu avec la police, selon les médias. Le président Vladimir Poutine s’est pour sa part rendu pour l’occasion à Pskov (nord-ouest), qui abrite une division de parachutistes, et y a assisté à une parade avec démonstrations de sauts, d’arts martiaux et autres briques ou planches cassées d’un coup de tête. Il a en outre inauguré un monument à la mémoire de 86 parachutistes originaires de la ville, tués le 1er mars dans une embuscade des rebelles tchétchènes au sud de la république indépendantiste. L’armée russe compte quelque 40 000 parachutistes, et l’on célébrait mercredi les 70 ans de la création des troupes aéroportées de l’Armée rouge, le 2 août 1930. Les parachutistes sont «des gens d’une trempe particulière, toujours là où c’est le plus dur, dangereux, et dans les missions les plus impossibles», a déclaré M. Poutine, lui-même un ancien colonel du KGB. Un hommage largement partagé par la population, qui est restée depuis l’époque soviétique beaucoup plus sensible à la chose militaire que les sociétés occidentales. Depuis 1930, quelque 2 millions d’hommes russes ont servi dans les parachutistes. Ni la guerre d’Afghanistan ni les deux campagnes successives de Tchétchénie, avec leur cortège de pertes militaires et civiles n’ont vraiment entamé l’importance des forces armées dans la conscience collective. «Ces gars ont été préparés pour la défense de l’empire en tout point du globe. Il n’y a plus d’empire, mais ses soldats sont restés. Ne nous offusquons pas si les bérets bleus boivent plus, et chantent plus fort aujourd’hui que nous le voudrions», écrivait ainsi le quotidien Izvestia hier. L’hebdomadaire Afficha, diffusé à Moscou, distillait pour sa part avec ironie dans sa dernière édition ses conseils pour la soirée du 2 août, à commencer par celui de «se garder de fréquenter les jardins publics, le métro, et le quartier du parc Gorki». «Si vous vous trouvez quand même nez à nez avec un para, en aucun cas ne montrez votre inquiétude pour ne pas apparaître comme une victime potentielle». «S’il se dirige dans votre direction et vous ne pouvez éviter le contact, allez au devant du danger : levez la main droite, et dites “Gloire à Marguelov” (commandant des forces aéroportées sous Brejnev). S’il veut vous embrasser, embrassez-le. Après cela, vous êtes hors de danger», assurait l’hebdomadaire.
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