Les grandes puissances de la planète sont parvenues hier, après deux jours de discussions intenses, à formuler un avertissement commun au président yougoslave Slobodan Milosevic, suspecté de vouloir se maintenir au pouvoir quatre années supplémentaires. Les ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie, du Japon et de la Russie se sont dit «très préoccupés» par les réformes constitutionnelles adoptées la semaine dernière en République fédérale de Yougoslavie. Dans leurs conclusions écrites, résumant deux journées de discussions tenues à Miyazaki (sud du Japon), les huit ministres ont aussi appelé le gouvernement de Belgrade à «s’abstenir de toute action qui pourrait contribuer à une nouvelle escalade de la violence». Invité surprise des travaux du G8, le cas yougoslave a monopolisé la plus grande partie du dîner de travail des ministres, mercredi, et avait donné lieu la nuit précédente à de longs échanges au niveau des hauts fonctionnaires. S’il condamne en termes très clairs ce que certains participants ont qualifié de «coup d’État institutionnel», le texte final ne cite pas nommément Milosevic. Lors de la conférence de presse finale, le ministre russe Igor Ivanov a reconnu qu’il s’agissait là d’une concession faite à son pays. La question, «particulièrement sérieuse», était de savoir «comment faire pour que les Balkans deviennent une zone de paix et de prospérité», a souligné M. Ivanov. «On ne peut pas réduire le dossier à une question de personnalité, même s’il s’agit d’une personnalité de poids», a-t-il relevé. «La suppression de ce nom n’est pas un problème», a minimisé le ministre allemand Joschka Fischer. «Ce qui comptait, c’était la fermeté de la critique». Or, «globalement, la partie russe s’est montré très coopérative dans la formulation» de la mise en garde à Belgrade, selon M. Fischer. Le Parlement yougoslave a adopté la semaine dernière des changements constitutionnels permettant à M. Milosevic, qui est sous le coup d’une inculpation internationale pour crime de guerre au Kosovo, de se présenter auprès des électeurs pour obtenir un nouveau mandat. Cette réforme instaure l’élection du président de la République au suffrage universel direct pour une période de quatre ans, renouvelable. Actuellement, le président est élu par le Parlement pour un mandat unique de 4 ans. Dans leur texte, les ministres du G8 se sont aussi opposés «fortement aux restrictions récentes à la liberté de la presse en RFY». Ils ont appelé l’opposition à «contribuer au développement pacifique de la démocratie». Au contraire, ils ont salué «la poursuite de la consolidation de la démocratie au Montenegro», réitéré «leur soutien à ses autorités démocratiquement élues» (notoirement opposées au régime de M. Milosevic) et les ont incitées «à continuer à faire preuve de retenue». Une prolongation de Milosevic au pouvoir laisserait un foyer d’instabilité dans les Balkans, dont les ministres du G8 ont souligné par ailleurs la normalisation. Leur communiqué final relève notamment les progrès «significatifs effectués par la Croatie vers la démocratie et la réforme».
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