Du Camp David de 1978, qui a scellé la paix entre Israël et l’Égypte, au Camp David version 2000, qui va tenter de mettre un terme à un demi-siècle de conflit israélo-palestinien, les États-Unis ont été étroitement impliqués dans les progrès vers la paix au Proche-Orient. Toutefois, les frustrations engendrées par la lenteur du processus et l’extrême sensibilité des enjeux risquent de rendre le nouveau sommet encore plus ardu que son célèbre précédent, estiment des experts à Washington. Cherchant à faire mentir le dicton selon lequel «l’Histoire ne se répète pas», le président Bill Clinton a décidé de jouer à fond les symboles forts en choisissant le même décor : des châlets perdus dans les forêts du Maryland, propices à la réflexion et aux contacts personnels. Les 22 années écoulées entre les deux «Camp David» sont jalonnées de dates et de noms symboliques, de dizaines de visites de secrétaires d’État, d’émissaires spéciaux, de «M. Proche-Orient» de toutes sortes. Bien avant, Henry Kissinger avait déjà inauguré la célèbre «diplomatie des petits pas» avec ces multiples navettes dans la foulée du conflit israélo-arabe de 1973. Washington, allié stratégique d’Israël, ne cessera dès lors d’être étroitement impliqué dans la diplomatie parsemée de chausse-trappes de la région. En septembre 1993, le tout nouveau président Bill Clinton, élu l’année précédente, marque un coup d’éclat avec une poignée de main historique entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sur les pelouses de la Maison- Blanche, entérinant le début de l’autonomie palestinienne. Ironie de l’Histoire pour Washington, on retiendra pour l’accord le nom de la ville où se déroulèrent, au nez et à la barbe des Américains, les négociations secrètes israélo-palestiniennes : Oslo. Dans la lancée, les Américains réussiront ensuite à sceller la paix entre la Jordanie du roi Hussein et l’État hébreu. Un élan qui ne sera cependant pas suffisant pour amener Israéliens et Syriens à un accord. Vingt et un ans après le premier accord de Camp David entre l’Israélien Menahem Begin et l’Égyptien Anouar el-Sadate, les efforts de la diplomatie américaine déployés à l’époque continuent de porter leurs fruits. Mais qu’il s’agisse des réfugiés palestiniens entassés dans des camps depuis près d’un demi-siècle, des colons israéliens de Cisjordanie confrontés à un avenir incertain, ou du statut de Jérusalem, rien n’est toujours réglé. «Il faut être prudent avant de parler d’un nouveau “Camp David”», fait observer Richard Haass, ancien conseiller du président George Bush pour le Proche-Orient. En 1978, les négociations «portaient essentiellement sur un désert», le Sinaï, relève-t-il, alors qu’aujourd’hui «nous avons à faire à des territoires imbriqués, des lieux sacrés pour le judaïsme et l’islam, beaucoup plus importants du point de vue théologique et pyschologique». Contrairement à Arafat, poursuit M. Haass, Sadate était le chef d’un État reconnu, et Begin bénéficiait chez lui d’une situation plus confortable que celle de son successeur Ehud Barak, malmené par sa coalition. Bill Clinton est quant à lui limité par le temps : les six mois dont il dispose d’ici la fin de son mandat. Shibley Telhami, spécialiste du Proche-Orient et titulaire de la chaire «Anouar al-Sadate» à l’université du Maryland, rappelle que Camp David avait été dénoncé à l’époque par le monde arabe comme une capitulation égyptienne. «Faute de préparation suffisante pour expliquer l’accord aux pays arabes, ce qui était un succès historique des États-Unis fut considéré comme un désastre dans la région», souligne-t-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Du Camp David de 1978, qui a scellé la paix entre Israël et l’Égypte, au Camp David version 2000, qui va tenter de mettre un terme à un demi-siècle de conflit israélo-palestinien, les États-Unis ont été étroitement impliqués dans les progrès vers la paix au Proche-Orient. Toutefois, les frustrations engendrées par la lenteur du processus et l’extrême sensibilité des enjeux risquent de rendre le nouveau sommet encore plus ardu que son célèbre précédent, estiment des experts à Washington. Cherchant à faire mentir le dicton selon lequel «l’Histoire ne se répète pas», le président Bill Clinton a décidé de jouer à fond les symboles forts en choisissant le même décor : des châlets perdus dans les forêts du Maryland, propices à la réflexion et aux contacts personnels. Les 22 années écoulées entre les...