Les ministres des Finances des grands pays industrialisés de la planète ont tenté samedi, pour la première fois, de jauger les conséquences sur l’économie de la «révolution Internet», saluant ses effets sur la croissance et s’inquiétant des menaces d’inégalités accrues. «Les technologies de l’information ont potentiellement le pouvoir de renforcer la croissance de nos économies», bien que le phénomène soit encore difficile à mesurer, écrivent les ministres du Groupe des Sept pays les plus riches (G7), dans un rapport publié à l’issue d’une réunion à Fukuoka. Mais les ministres relèvent dans ce document de neuf pages que cette révolution pourrait conduire à un monde plus inégalitaire «si les politiques macroéconomiques et structurelles appropriées» n’étaient pas prises. Ils soulignent en particulier que «la révolution Internet pourrait entraîner des fuites de capitaux importantes et accroître encore plus les divergences dans les performances économiques des différents pays». Le G7 a souligné qu’il n’y avait pas d’automatisme entre révolution Internet, amélioration de la productivité et augmentation du niveau de vie. «Pour tirer les profits des technologies de l’information, une économie flexible et ouverte est essentielle», affirment les ministres dans leur texte. L’arrivée massive d’Internet dans la vie économique et le risque de fracture entre les pays «branchés» et les autres sera l’un des thèmes majeurs de la réunion des chefs d’État et de gouvernement du G7, la semaine prochaine à Okinawa. Le ministre japonais des Finances Kiichi Miyazawa avait relevé vendredi qu’un tel thème aurait été inimaginable voici seulement un an. Le texte du G7 est resté toutefois évasif sur les sujets qui fâchent, comme l’imposition du commerce électronique. L’Union européenne souhaite assujettir à la TVA les transactions faites en Europe via Internet, même si le vendeur est implanté hors de l’Union. Les États-Unis, d’où sont originaires de nombreuses firmes de commerce électronique, y sont opposés. «Le sujet de l’imposition des transactions sur Internet est un dossier entre nous et les Américains, qui devrait nous occuper dans les prochains mois», a reconnu le secrétaire allemand aux Finances Caio Koch-Weser. Le sujet a été largement abordé lors de la réunion de Fukuoka, selon la partie italienne. «Il ne s’agit pas d’un nouvel impôt, mais de l’application d’un impôt qui existe déjà à de nouvelles conditions de vente», a plaidé le ministre allemand Hans Eichel lors d’une conférence de presse. Autre sujet sensible : l’emploi. «Comme bien d’autres innovations, les technologies de l’information pourraient conduire à des suppressions d’emploi dans certains secteurs, tout en créant du travail dans le secteur des technologies de l’information», écrivent les ministres des Finances. «Globalement, nous pouvons nous attendre à un impact positif sur l’emploi, grâce au renforcement de la croissance économique». Mais les salariés vont devoir faire preuve d’«adaptabilité» et suivre de nouvelles formations s’ils veulent bénéficier d’emplois mieux payés. Les ministres voient aussi des conséquences importantes de la révolution Internet sur le monde de la finance. Les consommateurs doivent pouvoir continuer à faire confiance au commerce électronique, quitte pour cela à renforcer les lois garantissant la protection de la vie privée. D’une manière générale, le travail des grands argentiers risque de se trouver compliqué, puisqu’un monde dominé par les technologies de l’information pourrait être «plus complexe et incertain». Il va en conséquence leur falloir mettre au point de nouveaux outils pour mesurer les risques pesant sur l’économie mondiale.
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