À l’approche de son départ de la Maison-Blanche, Bill Clinton entreprend la semaine prochaine à Camp David un dernier effort pour rapprocher Israéliens et Palestiniens et sceller un accord de paix. Le président des États-Unis sait qu’il mettra aussi en jeu dans cette résidence boisée du Maryland sa réputation de dirigeant mondial. Après deux mandats, il peut se targuer d’avancées décisives au Proche-Orient, mais ne peut mettre à son crédit un accord de paix définitif qui reste insaisissable. À la Maison-Blanche, on se hérisse à l’idée avancée par certains selon laquelle ce sommet de Camp David, ces photographies à venir de Bill Clinton, Yasser Arafat et Ehud Barak, n’auraient d’autre objectif que de polir l’héritage diplomatique du président américain avant qu’il tire sa révérence. «Le monde ne reconnaît pas le statut de président sortant», rétorque P.J. Crowley, porte-parole du Conseil national de sécurité de l’administration présidentielle. «Les experts politiques de Washington peuvent bien faire leurs calculs, le reste de la planète continue de se tourner vers le président en tant que détenteur d’un pouvoir», ajoute-t-il. Décisions historiques Les spécialistes en politique étrangère reconnaissent volontiers qu’il faut un certain courage à Bill Clinton pour organiser un sommet à l’issue plus qu’incertaine. Camp David, qui avait consacré le triomphe diplomatique de Jimmy Carter avec l’accord de paix israélo-égyptien de 1978, pourrait fort bien devenir le symbole de l’échec pour Clinton. Car peu d’experts s’attendent à un succès total. «Les chances sont minces. Les différences entre Israéliens et Palestiniens sont très importantes et il n’est pas du tout certain qu’ils puissent faire preuve de souplesse», estime Richard Haass, spécialiste du Proche-Orient à la Brookings Institution. Dans l’entourage du président, on explique que l’expérience acquise par Bill Clinton dans ce dossier diplomatique particulièrement complexe l’a convaincu de l’importance de ce genre de sommet. Le fait que Yasser Arafat ait accepté d’y participer, alors même que le président palestinien était plus que réticent, démontre, souligne-t-on, que Bill Clinton a la confiance des deux camps. «Des divergences significatives persistent, et elles portent sur les questions les plus complexes et les plus sensibles», reconnaissait mercredi le président américain. «Les négociateurs sont dans une impasse. Le progrès dépend à présent de décisions historiques que seuls peuvent prendre les dirigeants (israélien et palestinien)», ajoutait-il. Le facteur temps, un allié ? La conclusion d’un accord israélo-palestinien refermerait de la plus belle des manières la politique proche-orientale de Clinton, inaugurée en 1993 par la poignée de main historique d’Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sur la pelouse de la Maison-Blanche. Elle suivrait l’accord israélo-jordanien de 1994 et les incessantes navettes effectuées par les secrétaires d’État Warren Christopher et Madeleine Albright sur ordre de Bill Clinton. Elle effacerait les échecs essuyés par la diplomatie américaine, ferait oublier la parenthèse Benjamin Netanyahou après l’assassinat de Rabin et atténuerait les conséquences du décès le mois dernier de Hafez el-Assad, qui a plongé dans l’incertitude le volet israélo-syrien du processus de paix. Mais plus qu’un accord majeur, on attend de Camp David une déclaration commune, une sorte de cadre qui fixerait certains principes, certains domaines d’accord, estime Richard Haass. «L’idée, avance-t-il, serait de signaler qu’il y a eu suffisamment de progrès et de progrès potentiels pour repousser la date du 13 septembre», la date-butoir que se sont fixée Israéliens et Palestiniens pour parvenir à la paix. L’historien Douglas Brinkley, directeur du centre Eisenhower, note cependant qu’il ne faut pas négliger le facteur temps. Clinton quitte la Maison-Blanche en janvier, Arafat se fait vieux, Barak est aux prises avec une crise politique interne dont il sait qu’elle risque de dégénérer dans les prochains mois. «Les espoirs sont forts de voir Camp David produire des résultats extraordinaires. Il faut y aller avec des espoirs élevés et des attentes basses», conseille-t-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats À l’approche de son départ de la Maison-Blanche, Bill Clinton entreprend la semaine prochaine à Camp David un dernier effort pour rapprocher Israéliens et Palestiniens et sceller un accord de paix. Le président des États-Unis sait qu’il mettra aussi en jeu dans cette résidence boisée du Maryland sa réputation de dirigeant mondial. Après deux mandats, il peut se targuer d’avancées décisives au Proche-Orient, mais ne peut mettre à son crédit un accord de paix définitif qui reste insaisissable. À la Maison-Blanche, on se hérisse à l’idée avancée par certains selon laquelle ce sommet de Camp David, ces photographies à venir de Bill Clinton, Yasser Arafat et Ehud Barak, n’auraient d’autre objectif que de polir l’héritage diplomatique du président américain avant qu’il tire sa révérence. «Le monde ne...