Sikumbuzo, Thembi, Lorretta. Après la mort de leurs parents, souvent après un abandon dû à leur propre maladie, ils sont les enfants du sida, que des orphelinats de Johannesburg regardent dépérir et mourir par dizaines, l’Afrique par millions. Ils sont 420 000 orphelins dans le pays, selon Onusida, et 60 000 dans la seule province du Gauteng (Pretoria et Johannesburg) selon les chiffres officiels, qui prédisent une explosion locale à 500 000 d’ici 2015. Sikumbuzo, 2 ans, est arrivé il y a quatre semaines au centre de soins St-Francis de Boksburg (sud de Johannesburg) avec sa mère, morte trois jours plus tard. Pendant des jours, l’enfant est alors resté prostré, le regard fixe, dans l’aile des adultes où sa mère était alitée, incapable de comprendre. Aujourd’hui Sikumbuzo paraît plus enjoué, s’amusant avec huit enfants, comme lui séropositifs, de l’orphelinat. À ses côtés Thembi, bien trop chétive pour ses deux ans, est assise mais immobile, les yeux creusés fixés au lointain, sa poitrine trahissant une respiration pénible. Thembi, traitée par antibiotiques car le centre ne peut s’offrir des traitements antiviraux, récupère juste d’une infection pulmonaire. Elle est bien trop faible pour jouer, même pour manger, mais pourtant ne sera pas alitée. «On ne les met pas au lit, cela les angoisse trop», explique la religieuse, sœur Fidelia. «Quelquefois ils tombent malades une semaine ici ou là, puis un jour ici et là, et puis on réalise que leur système immunitaire est presque complètement à plat. Ils dépérissent, ils s’effacent littéralement». St-Francis a vu 79 de ses pensionnaires, dont dix enfants, emportés entre janvier et juin derniers. «Au début c’était extrêmement difficile, je n’arrêtais pas de pleurer et ne pouvais dormir la nuit», se souvient l’infirmière Precious Zondi. «C’est encore plus terrible avec les petits enfants : avant de mourir ils pleurent sans cesse mais ne peuvent même pas dire ‘j’ai mal ici, j’ai mal là”». Et puis ils souffrent de diarrhées, de plaies dans la bouche et le nez. «Et vous savez que c’est la fin», soupire-t-elle. Pour certains comme Sikumbuzo, le sida leur a arraché leur mère. Pour d’autres comme Thembi, ou les jumelles de cinq mois Loretta et Lorraine, la séparation est plus amère encore : une fois diagnostiquées séropositives, elles ont été abandonnées au centre il y a trois semaines. À l’autre bout de Johannesburg, dans un tout autre milieu, le petit centre d’hébergement St-Christopher se spécialise dans ces abandonnés du sida, qu’il persiste à considérer comme des «orphelins» : des hommes, âgés d’entre 18 et 64 ans, pour la majorité homosexuels, venant d’un milieu afrikaner blanc conservateur qui les a bannis à cause de leur maladie. Ainsi Danie, séropositif de 18 ans, déposé à St-Christopher il y a trois semaines par ses parents, qui n’ont établi aucun contact depuis. «La plupart d’entre eux ont été rejetés par leur famille, leur partenaire, leurs amis», explique William Longman, responsable du centre qui héberge une dizaine de patients. Et en a perdu quinze autres, emportés par le sida au cours des deux dernières années. Plus encore qu’envers leurs pensionnaires, les centres de St-Francis et St-Christopher s’acquittent d’une mission vitale vers l’extérieur. Régulièrement, ils ouvrent leurs portes à des groupes, classes, entreprises, pour que le pays s’imprègne de la réalité du sida, derrière des chiffres obscènes (4,2 millions de Sud-Africains séropositifs ou malades) presque irréels. «Ils viennent voir que cela existe, que cela n’est pas une théorie, se console sœur Fidélia, qui ajoute, en regardant Thembi qu’elle a prise dans ses bras, «ils viennent voir les enfants et savent que la plupart d’entre eux ne seront plus là l’an prochain».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Sikumbuzo, Thembi, Lorretta. Après la mort de leurs parents, souvent après un abandon dû à leur propre maladie, ils sont les enfants du sida, que des orphelinats de Johannesburg regardent dépérir et mourir par dizaines, l’Afrique par millions. Ils sont 420 000 orphelins dans le pays, selon Onusida, et 60 000 dans la seule province du Gauteng (Pretoria et Johannesburg) selon les chiffres officiels, qui prédisent une explosion locale à 500 000 d’ici 2015. Sikumbuzo, 2 ans, est arrivé il y a quatre semaines au centre de soins St-Francis de Boksburg (sud de Johannesburg) avec sa mère, morte trois jours plus tard. Pendant des jours, l’enfant est alors resté prostré, le regard fixe, dans l’aile des adultes où sa mère était alitée, incapable de comprendre. Aujourd’hui Sikumbuzo paraît plus enjoué, s’amusant avec...