De toutes les questions pourtant ardues qu’Israéliens et Palestiniens tentent de régler à Camp David, Jérusalem a été considérée dès le départ comme la plus à même de provoquer l’échec du sommet, tant les positions des deux parties sont irréconciliables. Le Premier ministre israélien Ehud Barak avait averti que toute remise en cause de la souveraineté d’Israël sur l’ensemble de la Ville sainte – y compris la partie orientale (arabe), conquise et annexée en 1967 – était exclue, Jérusalem devant rester à jamais «la capitale unie et indivisible» de l’État juif. Mais le dirigeant palestinien Yasser Arafat est venu à Camp David avec une exigence tout aussi incontournable, à savoir qu’Israël doit évacuer les territoires occupés en juin 1967, à commencer par Jérusalem-Est, dont les Palestiniens veulent faire la capitale de leur futur État. L’attachement viscéral d’Israël à la Ville sainte tient au fait que Jérusalem est la capitale historique et «le cœur» du peuple juif, et que c’est là, dans la Vieille ville (qui se trouve dans la partie orientale), que se trouve le lieu le plus sacré du judaïsme, le mur des Lamentations. Du côté palestinien, l’intransigeance est motivée par le fait que la Vieille ville renferme le troisième lieu saint de l’islam, l’esplanade des Mosquées, où s’élève la mosquée al-Aqsa (la lointaine), le sanctuaire le plus éloigné où le prophète Mahomet se soit rendu. Face à un tel champ de mines, les Israéliens avaient indiqué avant le sommet qu’une solution était possible à condition de se montrer «créatif». À en croire les informations publiées hier par la presse israélienne, M. Barak a effectivement fait preuve de beaucoup d’ingéniosité pour lâcher du lest sans que cela remette en cause la souveraineté israélienne sur la ville. Il aurait proposé à M. Arafat le «contrôle» sur les quartiers arabes de Jérusalem-Est, en échange de l’annexion par Israël de plusieurs colonies juives proches des limites de la Ville sainte. M. Barak aurait également offert un passage spécial – une sorte de couloir jouissant quasiment de l’extraterritorialité – pour relier Abou Dis, une localité arabe limitrophe de Jérusalem-Est, à l’esplanade des Mosquées. Si ce projet voyait le jour, il s’agirait sur le terrain d’une division «de facto» de Jérusalem qui serait sans doute très difficile à faire accepter aux Israéliens, même si M. Barak ne manquerait pas de souligner qu’Israël conserve la souveraineté sur l’ensemble de la ville et que celle-ci reste donc techniquement «la capitale unie et indivisible» de l’État juif. Mais il semble a priori impensable que M. Arafat puisse se contenter d’un simple «contrôle» sur les quartiers arabes de Jérusalem-Est. «Penser qu’Arafat accepterait quoi que ce soit qui ne soit pas la souveraineté sur Jérusalem-Est est, à mes yeux, exclu», a affirmé Khalil Shikaki, directeur du Centre de recherches et d’études sur la Palestine. Tous les experts palestiniens sont unanimes pour dire que M. Arafat ne veut pas entrer dans l’histoire comme le dirigeant arabe ayant renoncé à Jérusalem et qu’une telle concession constituerait un véritable suicide politique. M. Shikaki estime que le seul moyen pour que M. Arafat accepte un compromis ne donnant pas aux Palestiniens la souveraineté sur Jérusalem-Est serait dans le cadre d’un «accord partiel», par opposition à un accord global proclamant la fin du conflit israélo-palestinien qui constitue l’objectif de M. Barak. «Dans un tel cas de figure, Arafat pourrait accepter certains arrangements sur Jérusalem-Est, dans la mesure où il s’agirait d’un accord partiel, temporaire et transitoire», a-t-il poursuivi.
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