La vague d’attentats meurtriers commis par les rebelles tchétchènes au cours des dernières 24 heures témoigne de leur volonté de saborder toute amorce de règlement dont ils seraient exclus et constitue un revers sérieux pour le président russe Vladimir Poutine, estimaient hier les experts à Moscou. La tactique de l’attentat suicide au camion piégé, appliquée pour la première fois le 7 juin par les indépendantistes, marque «un tournant psychologique» en Tchétchénie. Plusieurs attentats suicide commis entre dimanche et hier ont fait au moins 44 morts parmi les forces fédérales selon les Russes, et au moins 500 selon les Tchétchènes. Alexandre Iskandarian, du Centre d’études caucasiennes à Moscou, a estimé qu’il s’agissait bien d’un changement de tactique des rebelles qui avaient préféré jusqu’à présent le terrain de la guerre ou de la guérilla à celui de l’attentat suicide. Le Kremlin a pris acte, dès hier matin, de cette évolution, et le conseiller de Vladimir Poutine sur le conflit tchétchène, Sergueï Iastrjembski, a estimé que les attentats constituaient «une démonstration de force» destinée à venger la centaine d’hommes perdus selon lui par les rebelles dans les combats de la semaine dernière dans le sud-est de la Tchétchénie. M. Iastrjembski a en outre estimé, selon Itar-Tass, que les attentats étaient destinés à effrayer la population tchétchène et constituaient une réaction à la nomination récente par Moscou au poste d’administrateur de la république d’Akhmad Kadyrov l’ex-mufti (chef religieux) prorusse de Tchétchénie. Moscou, qui a toujours exclu toute négociation avec les chefs rebelles, et notamment avec le président indépendantiste Aslan Maskhadov, a en effet misé sur ce Tchétchène qui avait combattu les forces russes lors de la première guerre (1994-96), pour se rallier les élites locales. Officiellement, le Kremlin n’a plus aucun contact avec M. Maskhadov. La nomination de M. Kadyrov à la place du Russe Nikolaï Kochman «était cependant le signe que l’idée d’une solution négociée progressait à Moscou», selon Alexandre Iskandarian. Or, «les combattants, sans l’ombre d’un doute, essayeront de saborder tout règlement politique dans lequel ils ne seraient pas partie prenante», écrivait lundi matin le quotidien Segodnia. Le quotidien rapportait hier que l’ex-mufti s’apprêtait à présenter un plan de paix au président Poutine, après avoir réussi à «rallier une partie de l’élite tchétchène». Selon Iouri Gladkevitch, un expert de l’agence russe d’informations militaires AVN, «la nomination de Kadyrov a sans aucun doute provoqué les attentats car les indépendantistes voient en lui une menace sérieuse». M. Kadyrov a «créé un pôle tchétchène opposé au combattants», selon Alexeï Malachenko, de l’antenne moscovite du centre Carnegie. Les rebelles eux-mêmes sont désormais «divisés», a estimé M. Malachenko. Des divisions apparemment attisées par M. Kadyrov, qui a fait lundi des déclarations accusant des attentats l’un des chefs rebelles, le «commandant» Khattab, et disculpant le président indépendantiste Aslan Maskhadov. Le mufti a été en retour qualifié de «principal ennemi du peuple tchétchène» par Aslan Maskhadov, et sa résidence à Goudermes (Est) a été mitraillée à l’arme automatique dans la nuit.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La vague d’attentats meurtriers commis par les rebelles tchétchènes au cours des dernières 24 heures témoigne de leur volonté de saborder toute amorce de règlement dont ils seraient exclus et constitue un revers sérieux pour le président russe Vladimir Poutine, estimaient hier les experts à Moscou. La tactique de l’attentat suicide au camion piégé, appliquée pour la première fois le 7 juin par les indépendantistes, marque «un tournant psychologique» en Tchétchénie. Plusieurs attentats suicide commis entre dimanche et hier ont fait au moins 44 morts parmi les forces fédérales selon les Russes, et au moins 500 selon les Tchétchènes. Alexandre Iskandarian, du Centre d’études caucasiennes à Moscou, a estimé qu’il s’agissait bien d’un changement de tactique des rebelles qui avaient préféré jusqu’à...