L’Espagne apparaît désarmée face à l’afflux croissant des sans-papiers venus d’Afrique et malgré la mise en place de tout un arsenal légal et policier. Au dernier sommet européen de Feira (Portugal), le président du gouvernement espagnol José Maria Aznar a réclamé des mesures d’urgence tandis que pour le ministre de l’Intérieur l’immigration deviendra «le problème numéro un» de l’Espagne au début du 21e siècle. Les immigrants venus du Maroc entrent clandestinement en Espagne par l’archipel des Canaries et surtout par le sud de l’Andalousie, après avoir traversé le détroit de Gibraltar au péril de leur vie. Depuis le début de l’année jusqu’au 15 juin, 4241 sans-papiers, à 90 % marocains, ont été arrêtés dans le sud de la péninsule, le double des arrestations opérées pendant la même période en 1999, précise le sous-délégué du gouvernement à Cadix, Miguel Osuna, qui coordonne les forces de sécurité dans le sud de l’Andalousie. Il estime que près de 50 % des clandestins passent au travers des mailles du filet tendu par la garde civile le long des quelque 80 kilomètres de côtes, entre Barbate et Algesiras. M. Osuna explique cet afflux sans précédent en Espagne par un «effet d’appel» provoqué par la prochaine régularisation, le 31 juillet, d’étrangers en situation illégale. Ils sont persuadés à tort par les mafias qu’ils pourront résider en Espagne s’ils parviennent à y rentrer avant cette date. Face à cet afflux, le gouvernement de centre-droit a décidé de durcir prochainement la loi sur l’immigration malgré les protestations de la gauche et des ONG. Sur le terrain, la garde civile ne dispose que de cinq vedettes d’interception et de 400 hommes à terre dans la zone du détroit de Gibraltar, pour prévenir l’entrée des sans-papiers. Les radars conventionnels ne sont pas opérationnels car les embarcations en bois sont trop petites pour être détectées et se confondent avec les vagues. L’Espagne a décidé de se doter d’un Système intégré de vigilance du détroit (SIVE -Sistema integrado de vigilancia del Estrecho) tout le long de la côte la plus sensible d’Andalousie, entre Cabo de Gata, à l’est d’Almeria, et Ayamonte, près du Portugal. Des postes d’observation électronique pourvus d’un système de détection nocturne, de radars, de systèmes de calcul de distances et de transmission de données vont être installés. Il s’agit d’un investissement de 30 milliards de pesetas (180 millions d’euros) dont 1 milliard prévu pour cette année, explique M. Osuna qui n’est pas en mesure de préciser quand le dispositif sera opérationnel. «Si l’Union européenne nous aidait, on tarderait moins dans son installation. Pour le moment elle ne nous aide pas alors que l’immense majorité des immigrants – des Marocains – vont essentiellement en France, en Italie et en Belgique», se plaint M. Osuna. Il reconnaît que cette année l’Espagne (Almeria, Murcie et Barcelone) est aussi devenue une destination de choix. Face à ces mesures, le maire d’Algésiras, M. Patricio Gonzalez, du Parti andalou (PA-régionaliste), affiche beaucoup de scepticisme. Il défend une plus grande intégration des deux rives du Détroit, entre le Maroc et le sud de l’Espagne. Il multiplie les initiatives économiques et culturelles entre sa ville, premier port marchand d’Espagne, les métropoles marocaines de Tanger et Tétouan, et Gibraltar, le territoire britannique voisin. «Si on ne développe pas les relations avec le Maroc à un niveau plus élevé, ce n’est plus en «pateras» qu’ils viendront mais par bateaux de 900 immigrants à la fois, comme les Albanais en Italie, en dépit de toutes les lois d’immigration», craint M. Gonzalez, dont la ville est au carrefour de l’immigration clandestine.
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