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Actualités - Chronologie

Le cimetière d'Algésiras, ou la fin d'un rêve d'immigrant

«Nom du cadavre: inconnu» : l’étiquette collée sur un des frigos en inox de la morgue du cimetière municipal d’Algésiras ne comporte qu’une seule précision : «14h30 - 12/06/00». «C’est le jour où on nous a apporté le corps, c’est un immigré clandestin marocain trouvé noyé sur une plage de Tarifa», explique José Manuel Castillo, le gardien du cimetière de ce port du sud de l’Espagne, séparé du Maroc par le détroit de Gibraltar. «On le conserve plusieurs jours dans la glacière au cas où des parents viendraient le réclamer, mais, dit-il, le corps est complètement décomposé, il est resté très longtemps dans l’eau et les empreintes digitales ne sont plus lisibles». Dans quelques jours, il sera enterré, à l’ombre des cyprès et des hibiscus, dans ce paisible cimetière duquel on aperçoit l’énorme masse du rocher de Gibraltar. Il rejoindra les dizaines d’autres sans-papiers marocains dont le rêve européen s’est tragiquement terminé en s’échouant sur des plages d’Andalousie. «Les pompes funèbres le mettent dans un cercueil bas de gamme, très beau à l’extérieur mais en bois aggloméré qui se détériore rapidement. Avant, on arrache la croix parce qu’on suppose qu’ils sont musulmans», précise le gardien. Les tombes des Marocains sont facilement reconnaissables dans le cimetière d’Algésiras : ce sont les seules dépourvues de marbre et de fleurs. Les niches où sont glissés les cercueils sont obturées par du ciment gris où est inscrit un numéro de dossier administratif et la date de l’enterrement. «D.P. 515/2000 - 26/5/00» est ainsi le dernier Marocain enterré à Algésiras, explique José Manuel Castillo, 34 ans, qui est originaire de la Costa del Sol et qui dirige le cimetière depuis 3 ans. À l’embarquement sur le ferry, à Tanger (Maroc), il s’était caché sous un camion pour traverser clandestinement le détroit. Lorsque le camion a redémarré, il est tombé et il a été écrasé à la sortie d’Algésiras. «Il était méconnaissable : la tête avait été broyée par les roues», raconte le gardien. Chaque fois qu’un corps est découvert, Fernando Garcia, le président de l’ONG locale qui assiste les immigrés, Algeciras-Acoge (Algésiras accueil) organise avec une poignée de militants une petite manifestation sur la place centrale d’Algésiras. Il dresse un autel avec des fleurs et des cierges, lit un communiqué puis descend jeter les fleurs dans les eaux du port. «Nous ne voulons pas que ces morts passent inaperçus», dit-il. L’augmentation subite des cadavres cette année a soulevé ces derniers jours une sordide polémique : la municipalité d’Algésiras a décidé, pour des raisons budgétaires, de ne plus prendre seule en charge les frais d’enterrement des clandestins. Un enterrement coûte entre 85 et 90 000 pesetas (510 et 540 euros) minimum. Les corps de tous les sans-papiers non identifiés, recueillis dans le sud de l’Andalousie, sont confiés à la municipalité d’Algésiras où siège l’autorité judiciaire pour toute cette zone où afflue la grande majorité des clandestins. «Depuis 2000, ils ont dû en enterrer 22 que personne ne réclamait, le double de l’année dernière», précise le sous-délégué du gouvernement à Cadix, Miguel Osuna. Pour le maire, M. Patricio Gonzalez, du Parti andalou (régionaliste), cette situation n’est financièrement plus tenable : «Depuis sept ans, ça fait plus de 200 enterrements que nous payons. Notre budget a des limites». Un accord pour une répartition des charges est finalement intervenu entre les administrations d’Algésiras, de Séville et de Madrid.
«Nom du cadavre: inconnu» : l’étiquette collée sur un des frigos en inox de la morgue du cimetière municipal d’Algésiras ne comporte qu’une seule précision : «14h30 - 12/06/00». «C’est le jour où on nous a apporté le corps, c’est un immigré clandestin marocain trouvé noyé sur une plage de Tarifa», explique José Manuel Castillo, le gardien du cimetière de ce port du sud de l’Espagne, séparé du Maroc par le détroit de Gibraltar. «On le conserve plusieurs jours dans la glacière au cas où des parents viendraient le réclamer, mais, dit-il, le corps est complètement décomposé, il est resté très longtemps dans l’eau et les empreintes digitales ne sont plus lisibles». Dans quelques jours, il sera enterré, à l’ombre des cyprès et des hibiscus, dans ce paisible cimetière duquel on aperçoit...