Des siècles durant, philosophes, thérapeutes et gens simples se posaient la question sur la raison de la survenue des maladies. Si la mort semblait plus ou moins explicable, la maladie, elle, constituait une énigme que chaque civilisation interprétait à sa manière. Le lien, toutefois, entre affection du corps et châtiment céleste semblait flagrant, ce fut le cas durant les grandes épidémies dévastatrices qui décimaient régulièrement l’humanité. Considérées comme punitions célestes contre les égarements des mortels et l’agitation sociale, elles représentaient une menace bien plus implacable que la justice des hommes... La découverte du rôle des germes et de leur influence pathogène est venue démythifier le sens profond des maladies, mettant au clair le processus de la contamination et le rôle actif des microbes. Aujourd’hui on admet que l’état psychique joue, lui aussi, un rôle important dans la survenue et le développement des maux du corps. Si la psychophysiologie étudie les rapports entre le psychisme et l’activité physiologique, l’approche psychosomatique se penche sur les troubles physiques dont l’origine et les implications seraient psychiques. Blessé, touché, ulcéré, étouffé... Autant d’adjectifs du langage courant qui qualifient ou désignent d’un même mot un état agressé, qu’il soit physique ou émotionnel. Ce qui prouve que même dans les esprits des profanes, les hommes se reconnaissent vulnérables, les agressions physiques sont aussi torturantes que celles du psychisme, et vice versa... De là à chercher une cause morale à l’épreuve physique, la distance s’est vite estompée... La lèpre, l’épilepsie, la peste et autres grandes «plaies» étaient des punitions que le ciel imposait au genre humain en réponse à ses péchés. La découverte des germes, au XIXe siècle, a bouleversé de nombreux échafaudages scientifiques et forcé à l’évidence : les germes étaient responsables des maladies. Partant de là, et pour bien longtemps, prévalait le principe : «un germe, une maladie». Ce qui signifiait, grand progrès par rapport au passé, que la maladie n’était pas d’origine divine mais l’œuvre d’un micro-organisme... Au cours du XXe siècle, cette conception, très restrictive grâce aux progrès scientifiques et la microbiologie, fut abandonnée. Il serait absurde d’admettre qu’un germe installe une maladie «face, par exemple, à l’herpès, virus d’Epstein Barr». Attrapé durant l’enfance, ce micro-organisme pathogène n’entraîne qu’indisposition sans gravité. Un peu plus tard, chez un adolescent ou un jeune adulte, il provoque la mononucléose infectieuse (la bien connue «maladie du baiser») qui n’entraîne pas moins, dans certains cas, une tumeur de l’abdomen, le lymphome de Burkitt, dans les régions de l’Afrique où sévit le paludisme... Ce même virus au Sud-Est asiatique, dans certaines conditions particulières (sous-alimentation, mauvaises conditions d’existence, etc.), contribue, chez l’enfant, à l’apparition des cancers du pharynx et du nez... En Europe, dans certains pays, il est «agent favorisant» (cofacteur) dans certains aspects de la maladie de Hodgkin et aussi dans certains genres de cancers gastriques chez des sujets victimes de graves perturbations du système immunitaire (sida). Un très large éventail d’actions, allant de la plus bénigne à la plus grave, dû à un seul germe. Conclusion : la virulence et la forme que prend l’action de ce virus dépendent du climat, du niveau économique et social, de l’âge, de l’hérédité et de l’état de l’organisme du sujet. Interdépendance entre corps et psychisme L’interdépendance entre le corps et l’esprit, «l’âme et la chair», le psychique et le physique, a été reconnue par Freud et par d’autres psychanalystes, la qualifiant de «manifestation de conversion». Elle donna naissance, en Autriche, à la médecine psychosomatique. L’approfondissement du rapport entre le corps et le psychisme, qui est au centre de cette médecine, est le point de départ également à d’autres orientations appliquées à divers domaines médicaux. Franz Alexander (Chicago), psychanalyste, et Hans Selye ont réussi à apporter des preuves biologiques du lien indissoluble entre mental et moral. Sous l’effet d’une «provocation» (émotion intense) se déclenche une série de réactions physiologiques, mettant l’organisme en état de réagir physiquement pour défendre sa survie : contractions musculaires, hérissement des poils, accélérations des battements cardiaques, modification de la respiration. Simultanément, le cerveau déclenche une série de réactions : sécrétions d’adrénaline, de corticoïdes, susceptibles d’inciter l’organisme soit au combat, soit à la fuite... Dans la société réglementée d’aujourd’hui, la fuite et le combat, réactions primaires d’un autre temps, ne sont pas de mise. Ces mécanismes archaïques de survie ont jadis servi au genre humain à s’implanter sur cette terre, ils sont donc inadaptés à la vie actuelle. Ils sont, perpétuellement reprimés, repoussés, combattus. Leur donner libre cours c’est s’opposer à la vie en commun telle qu’elle a été façonnée par des siècles d’évolution permanente et progressive. Faute de susciter des réactions physiques, l’arsenal hormonal du stress se retourne contre l’organisme, s’attaquant à ses points les plus faibles. La liste des maladies que ces hormones engendrent ne fait que s’allonger : ulcères, allergies, troubles respiratoires, migraines, affections de la peau. Maladies coronariennes et cancer Chez certains individus, appartenant à un type A, correspondant à un profil psychologique particulier, le stress va favoriser la survenue de maladies coronariennes. Trait principal de leur caractère : la manifestation d’émotions hostiles va favoriser, à un plus ou moins court délai, l’apparition de troubles cardiaques ainsi que le risque, toutes causes confondues, de décès subit. Le mécanisme concernant l’apparition du cancer suit un autre chemin. Les défenses immunitaires baissent sous l’effet du stress. Elles ne parviennent plus à livrer une bataille efficace contre l’invasion et la prolifération des cellules cancéreuses, qui finissent par réussir une complète invasion. Il semble, par ailleurs, que certains types de cancers présentent des affinités certaines avec le stress. Sous son effet, leur apparition est plus fréquente et le développement accéléré. Le sida semble également avoir un lien avec le stress. Celui-ci, en diminuant les lymphocytes T, modifie en le rétrécissant le délai entre la contamination par le virus et l’apparition de la maladie... Des expériences entreprises ont par ailleurs démontré qu’en combattant le stress on réussissait à faire remonter le nombre des lymphocytes T chez les séropositifs... Des voies et des approches très prometteuses qui permettent de raviver les espoirs à l’aube d’un nouveau millénaire...
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