Le président zimbabwéen Robert Mugabe a mis un bémol à ses menaces économiques sans apparemment changer de stratégie électorale malgré une avalanche de condamnations à quelques jours des législatives des 24 et 25 juin. Il a démenti avoir annoncé qu’il «africaniserait» des secteurs économiques détenus par les étrangers, en particulier les mines. Ces déclarations avaient été attribuées à M. Mugabe par le quotidien britannique The Independent. «Je n’ai jamais rien dit de tel, a-t-il affirmé lors d’un rassemblement électoral. Il n’y aura pas de saisie de mines d’or, jamais, au grand jamais». Londres avait estimé que de telles mesures se retourneraient contre son auteur. «Ces menaces ne font que rendre les choses plus difficiles et, si elles étaient mises à exécution, elles risqueraient de mettre le pays en faillite», a déclaré le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères Peter Hain. Avec un PIB qui devrait se rétracter d’au moins 5 % cette année, une dette extérieure supérieure à quatre milliards de dollars, une suspension de l’aide financière internationale, une inflation de 60 %, la pénurie des devises entrave l’approvisionnement en carburant, déjà rare, et l’électricité, faute de payement aux fournisseurs sud-africain et mozambicain. M. Mugabe a expliqué qu’il entendait poursuivre sa politique de rééquilibrage économique et social entre Blancs et Noirs. Depuis qu’une majorité de Zimbabwéens a refusé par référendum en février son projet constitutionnel, il a axé sa stratégie électorale autour d’un ultranationalisme essentiellement dirigé contre l’ancienne puissance coloniale britannique. Après sa défaite, la plus importante de sa carrière politique, il a lancé un mouvement d’occupation des riches terres détenues par la minorité blanche en reportant à plusieurs reprises la date des élections, prévues initialement en avril. Vétérans de la guerre d’indépendance et squatters ont occupé, depuis, 1 500 fermes, dont 804 seront expropriées. Sa stratégie repose sur une «campagne de terreur», a accusé le Forum des droits de l’homme, constitué de neuf groupes civiques locaux. «Il existe des preuves considérables de l’engagement dans la violence de certains membres du Parlement, gouverneurs et autres hauts responsables du parti au pouvoir, de certains membres du CIO (services secrets) et éléments de l’armée», a déclaré Tony Reeler, président du forum. Depuis février, 30 personnes ont été tuées et des centaines blessées, en majorité des membres de l’opposition. Au coup par coup, le principal parti d’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), s’en est remis à la justice pour tenter de bloquer la machine électorale de Robert Mugabe. Le président Mugabe avait fait rayer des listes électorales des milliers de Blancs accusés d’être détenteurs de la double nationalité, interdite par une loi de 1984. La justice a répondu par une fin de non-recevoir à cette mesure. La loi contient des passages «subversifs» et «absurdes». Elle devra être révisée par le prochain Parlement et les Blancs, en attendant, pourront aller voter. La justice a également ordonné à la radiotélévision nationale ZBC d’être impartiale dans ses informations sur la situation. Ces décisions de justice risquent de rester lettre morte comme celle du 13 avril qui déclarait «illégale» l’occupation des fermes et ordonnait l’expulsion des squatters. M. Mugabe répète à l’envi le droit des démunis à la terre, un problème qu’il n’a pas réglé en 20 ans de pouvoir. Il a aussi ignoré les dénonciations cette semaine de l’absence sur les listes de milliers de jeunes électeurs, considérés comme des partisans du MDC qu’il accuse d’être soutenus par Londres. «Nous ne combattons pas le MDC. Nous combattons les Britanniques. Le gouvernement britannique combat dans ces élections et nous voulons les battre complètement», a-t-il affirmé. Aux critiques multiples sur la validité de ces élections en présence d’observateurs internationaux mais que l’Onu boycotte, il a rétorqué qu’elles «seraient libres et justes de notre point de vue».
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