«Tous ceux qui s’intéressent au problème du Proche-Orient et à la question palestinienne ont les yeux braqués sur la situation et le destin des Palestiniens qui vivent au Liban». C’est par cette constatation, rendue évidente depuis le retrait israélien, que Souheil Natour, membre du comité central du Front démocratique de la libération de la Palestine, introduit son ouvrage intitulé Les Palestiniens du Liban. Publié en 1993, cet écrit, qui dresse un bilan de la situation sociale, économique et juridique des Palestiniens du Liban, reste d’actualité. «Si les droits inaliénables des Palestiniens ne sont pas restitués, et si la politique israélienne conduit à pousser les Palestiniens au désespoir, je crois que le peuple trouvera les moyens appropriés pour résister», affirme Souheil Natour à L’Orient-Le Jour. Selon le responsable du FDLP, dans l’histoire des mouvements nationaux, il y a toujours eu des phases de pourparlers et des phases de lutte pour arriver aux résultats escomptés, «ce qui n’a pas été fait avec Arafat» depuis Oslo affirme-t-il. Faisant allusion aux manifestations quotidiennes dans les territoires occupés, l’auteur souligne que la voie des négociations n’est pas la seule souhaitée par l’opinion palestinienne. Concernant la situation palestinienne au Liban, M. Natour note que «depuis 1982, les Palestiniens ont dû s’engager dans un nouveau type de combat, la lutte pour la survie et pour l’obtention des droits civiques». Après Taëf, les Palestiniens ont remis leurs armes lourdes et moyennes à l’armée libanaise, souligne-t-il. «Ce qui est resté est un armement léger», note Souheil Natour qui ajoute que ce ne sont pas les Palestiniens qui ont refusé le déploiement de l’armée dans les camps mais que c’est l’État libanais qui a refusé de prendre une décision en ce sens. À partir de là, le véritable problème qui s’est posé pour les réfugiés au Liban était la «restructuration» de la société palestinienne, et la nécessité de dialoguer avec les autorités libanaises pour l’obtention des droits civiques, explique l’auteur. «Nous avons longtemps souffert de cet état de choses, et le monde a enfin pris conscience de la misère qui sévit dans les camps. Mais notre objectif ultime reste le droit au retour», précise-t-il. Mais cet objectif implique-t-il la relance de la lutte armée à partir du Liban ? «Cela fait au moins cinq ans que les Palestiniens du Liban n’ont pas participé à des opérations militaires. Pourquoi faut-il maintenant hisser le drapeau de la lutte armée à partir du Liban» ? répond-il. Et de préciser : «Nous ne ferons rien qui aille à l’encontre des intérêts supérieurs du Liban. Nous œuvrerons dans l’intérêt commun des Libanais et des Palestiniens». Souheil Natour affirme que la libération de la Palestine et la récupération des droits inaliénables des Palestiniens se fera à partir des territoires palestiniens. D’après lui, aucun Palestinien ne renoncera au principe de la résistance armée, mais celle-ci se fait désormais «de l’intérieur». Comment évoluera cette résistance après le retrait israélien du Liban-Sud ? Quel leçon retenir de l’expérience libanaise ? Après l’euphorie ressentie par les Palestiniens du Liban,, l’espoir a cédé la place à l’expectative, celle née de la comparaison entre les deux résistances. «Les Libanais ont préservé un niveau très élevé de cohésion nationale et ont réussi à faire face aux menaces qui planaient sur leur unité», affirme le responsable du FDLP, avant de se lancer, non sans amertume, dans un parallélisme avec la lutte palestinienne. «Il n’y a pas d’unité nationale palestinienne jusqu’à présent et la délégation aux négociations ne représente pas toutes les tendances politiques», affirme-t-il. Il rappelle toutefois que le principal facteur qui a créé une scission à l’intérieur de la société palestinienne, est la ratification des accords d’Oslo et leur application. À la question de savoir si l’antagonisme entre les différentes factions palestiniennes, à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine, en l’occurrence dans les camps au Liban, risque un jour de se transformer en une lutte interpalestinienne, le responsable du FDLP se montre catégorique : «On n’arrivera jamais à une lutte fratricide. Jamais ! répète-t-il. Nous avons appris la leçon. Pour imposer notre volonté à l’occupant israélien, il faut que nous soyons unis et qu’il y ait coordination entre les différentes formations». Cette coordination existe-t-elle et dans quelle mesure les factions dissidentes, surtout celles qui sont dans la mouvance syrienne, ne constituent pas un obstacle à cette unité ? «Lorsque Yasser Arafat s’est engagé dans les négociations sans avoir préalablement coopéré avec les autres parties arabes, notamment la Syrie et le Liban, il a crée un fossé dans la relation entre les deux parties» affirme Souheil Natour qui considère toutefois que ces divergences ne portent pas sur l’essentiel dans la mesure où tout le monde est, en principe, d’accord pour la récupération des droits des Palestiniens. Dans la pratique, les points de vue divergent pourtant sur les mesures à adopter, divergences qui ont fini par déteindre sur la résistance palestinienne, au point de faire dire à certains que la cause palestinienne est devenue «une carte» aux mains des syriens. Qu’en pense le responsable du FDLP ? «Nous ne sommes une carte aux mains de personne. Tous les efforts déployés par les régimes et organisations arabes visent à récupérer les droits des Palestiniens. Celui qui décide du sort des réfugiés palestiniens maintenant, c’est l’OLP. Si le régime syrien veut jouer une carte quelque qu’elle soit, celle-ci ne s’opposera pas à la politique suivie par l’OLP», souligne-t-il. Autant de contradictions qui viennent s’ajouter à la complexité de la question palestinienne, à l’incertitude sur l’avenir du peuple et des réfugiés palestiniens, répartis dans le monde arabe. Une seule conviction ressort cependant, à savoir la récupération des droits «inaliénables» du peuple palestinien, qui se fera «à n’importe quel prix». Une constante semble également se dégager : le Liban ne servira plus de point de départ à la relance de la guerre de résistance palestinienne. Le chef du Fateh-Intifada (mouvance syrienne), le colonnel Abou Moussa l’a d’ailleurs récemment réaffirmé en écartant la possibilité d’une action anti-israélienne à partir du Liban. Le leçon que nombre de responsables palestiniens ont retenue de l’expérience libanaise ? La lutte pour les droits se fait de l’intérieur et non de l’extérieur.
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