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Actualités - Reportages

Société - La communauté Gay dérange Au Liban, l'intolérance différence ...(photos)

Ils sont certes différents . Ils appartiennent à un univers que l’on a parfois du mal à comprendre ou que l’on refuse tout simplement de comprendre. Les homosexuels (les) au Liban n’ont pas la vie facile. Ils dérangent. Ils embarrassent. Au Liban, les homosexuels (les) réalisent avec amertume la démarcation psychologique et sociale qui les sépare des autres. Leur lutte, quoique timide, pour ne pas dire inexistante, se résume en un mot : la survie, dans un univers hostile, insidieux. Ils se battent, individuellement, non pas pour être reconnus, pas encore, mais pour qu’au moins on les laisse vivre en paix. Or, disent-ils, dans notre société orientale, le droit à la différence est encore interdit . «Être homo, c’est d’abord avoir conscience de sa singularité. C’est ensuite l’accepter pour mieux l’assumer, une tâche rendue difficile dans une société qui nous porte un regard dédaigneux», souligne Karim, 30 ans. Ils sont nombreux à être persécutés par la société aussi bien que par la brigade des mœurs. Bien qu’il existe une longue tradition d’homosexualité dans ce coin d’Orient, notre société patriarcale et homophobe semble avoir du mal à tolérer ce qui, jusqu’à nos jours, est considéré comme une «anomalie», voire même une «perversion». «Qu’ils aillent se faire soigner», lancent laconiquement les plus conformistes, qui estiment encore, par peur ou par ignorance, qu’il s’agit d’une maladie grave. «C’est scandaleux, ils devraient avoir honte de se comporter de la sorte», disent les autres, ou encore : «C’est une mode, ils cherchent tout simplement à imiter l’Occident». Autant d’expressions qui contribuent à creuser le fossé entre «hétéros» et «homos». Ces derniers sont alors amenés à se regrouper en ghettos, pour mieux se dérober aux regards réprobateurs et méprisants. «Dès que je sors, les gens me huent, me provoquent ou se jettent sur moi pour me tabasser. Il ne se passe pas un seul jour sans incident», raconte Walid, 26 ans. Contrairement à d’autres «homos» à l’apparence virile, son homosexualité à lui est on ne peut plus manifeste. Sa démarche efféminée exaspère les gens. Sa douceur, son regard presque angélique les importunent. Pour eux, «il n’est pas assez homme», et cela mérite bien le châtiment. Il en subit tous les jours, à chaque coin de rue, chez l’épicier du coin, dans le regard malveillant des voisins et dans les milieux professionnels qui refusent de l’employer, malgré ses deux diplômes et ses multiples talents artistiques. Personne n’est prêt à tolérer son orientation sexuelle, qu’il n’a pourtant pas choisie, souligne-t-il. Dans son quartier, on le fuit comme la peste. Dès qu’il sort de son immeuble à Achrafieh, les gamins du coin lui lancent des pierres à la figure et le traquent comme une bête méchante. «Au début, cela me dérangeait énormément. J’étais souvent déprimé. Mais j’ai appris à me défendre», dit-il avec une certaine assurance. Les agressions et les humiliations auxquelles Walid s’expose quotidiennement sont innombrables. Et le verdict implacable : un «pédé» n’a pas de place dans notre société . Imad, 25 ans, a fait deux mois de prison. Motif : il est accusé (!) d’homosexualité. La loi libanaise prohibe les rapports entre personnes du même sexe, des relations dites «contre-nature», un crime passible d’un an de prison (Art. 534 du code pénal). Mais les condamnations restent limitées, la peine n’étant prévue qu’en cas de «flagrant délit». Cependant, tous les homosexuels ne sont pas poursuivis en justice, et la brigade des mœurs s’acharne sur certains plus que sur d’autres. «Les fils des bourgeois sont toujours protégés. Il y a des gens très connus, haut placés, bien introduits dans le milieu homo. Ce sont les plus défavorisés qui doivent payer», explique Imad, qui s’en est tiré deux mois plus tard après le versement d’une caution par ses proches. Durant son emprisonnement, Imad a été régulièrement battu et terrorisé par ses geôliers. Un soir, des prisonniers partageant sa cellule ( des homosexuels également ) l’ont drogué et violé. Une fois sorti de taule, Imad décide de se confier à la presse. Une revue mondaine dénonce alors les abus dont il avait été victime en prison. «Dès la parution de l’article, les agents de l’ordre sont venus chez moi, pour la deuxième fois, et m’ont menacé si je parle encore». L’homosexualité, bien que relevant dans ce pays d’une longue tradition, reste paradoxalement un sujet tabou. Alors que les homosexuels sont aujourd’hui plus visibles, (et non pas nécessairement plus nombreux comme l’affirment certains), jugements et condamnations ont augmenté proportionnellement. «Pour afficher une identité sexuelle autre, il faut en subir les conséquences – et non les moindres – à moins de continuer à dissimuler ses tendances toute sa vie, de porter des masques», affirme Élie. Mais il reconnaît tout de même que la pression n’est plus ce qu’elle était il y a une dizaine d’années, où le moindre signe apparent faisant allusion à l’homosexualité pouvait entraîner l’arrestation de la personne. «D’ailleurs, ajoute-t-il, rares sont ceux qui sont aujourd’hui jetés dans les prisons. Du reste, il n’y aura jamais assez de place pour tout le monde», dit-t-il avec un sourire malicieux et d’ajouter : «Sauf en cas de dénonciations, les vindictes étant monnaie courante dans ce milieu». Marginalisés, souvent rejetés par leur entourage familial, les homos – discrets de jour – se retrouvent la nuit dans des endroits qui leur sont réservés, un phénomène assez récent d’ailleurs. Là, ils peuvent exprimer leur différence et vivre de rares instants d’authenticité. À les voir se déhancher sur les pistes, on devine la frustration qui les habite. Dans ces lieux sombres et assourdissants, les corps s’éclatent et crient leurs penchants à travers un exhibitionnisme exacerbé. Ils sont enfin eux-mêmes et cherchent à l’extérioriser par tous les moyens. C’est dans l’un de ces clubs que se réfugie Carlos, 28 ans. Il vient danser jusqu’à l’épuisement. Il s’y rend aussi dans l’espoir de faire des rencontres. «J’ai beaucoup de mal à vivre mon homosexualité dans ce pays. Je ne peux m’afficher publiquement, par respect pour mes parents qui craignent le qu’en dira-t-on, commente Carlos qui compte émigrer définitivement, pour avoir la paix». D’ailleurs, nombreux sont ceux qui ont quitté le pays vers des horizons plus tolérants. «C’est une véritable fuite des cerveaux, et le pays est en train de perdre beaucoup de talents, ceux qui émigrent étant généralement des artistes et des intellectuels confirmés». Bref, tous le reconnaissent : les homosexuels sont terrorisés au Liban. Ils craignent non seulement les autorités qui surveillent de très près cette communauté, mais «ils ont surtout peur d’être fichés en tant que tels», relève Carlos. D’ailleurs, plusieurs «homos» finissent par se marier, juste «pour sauver la face». «Ils continuent de mener deux vies, lourdes de conséquences sur le plan psychologique», dit-il. Alors qu’en Occident, on en est déjà à l’application des droits sociaux de la communauté «Gay», au Liban, la revendication des homosexuels se limite à leur reconnaissance en tant qu’êtres humains à part entière, relève Walid. «Nous ne voulons pas faire une révolution, nous cherchons seulement à vivre librement et dignement». Une liberté qui ne saurait être acquise qu’au prix d’une reconnaissance du droit à la différence, et d’une dose d’acceptation, des vertus quasi absentes de notre quotidien.
Ils sont certes différents . Ils appartiennent à un univers que l’on a parfois du mal à comprendre ou que l’on refuse tout simplement de comprendre. Les homosexuels (les) au Liban n’ont pas la vie facile. Ils dérangent. Ils embarrassent. Au Liban, les homosexuels (les) réalisent avec amertume la démarcation psychologique et sociale qui les sépare des autres. Leur lutte, quoique timide, pour ne pas dire inexistante, se résume en un mot : la survie, dans un univers hostile, insidieux. Ils se battent, individuellement, non pas pour être reconnus, pas encore, mais pour qu’au moins on les laisse vivre en paix. Or, disent-ils, dans notre société orientale, le droit à la différence est encore interdit . «Être homo, c’est d’abord avoir conscience de sa singularité. C’est ensuite l’accepter pour mieux...