Peut-être une sortie du tunnel qui s’amorce : quatre films inédits sont à l’affiche. À savoir : «Clay Pigeons», une modeste série noire bien troussée – «28 Days», une moyenne convenable (attribuée à Ziyad Makhoul) – «Les sœurs du Soleil», une comédie ultrafranchouillarde (le quatrième film, «Storm Catcher», est un sous-produit). Après l’événement annoncé pour la semaine prochaine («Bringing Out the Dead», de Martin Scorsese), les choses pourraient commencer à vraiment bouger avec la sortie, début juillet, du «Gladiator» de Ridley Scott («Mission : Impossible 2», de John Woo, ce sera pour la fin du même mois). Autre date annoncée : «Himalaya, l’enfance d’un chef», film français d’Éric Valli, devrait sortir le 29 courant. À ajouter à la (longue) liste des films que nous ne verrons pas au Liban : «Boys Don’t Cry», de Kimberly Peirce. «Est-Ouest» arrive enfin de carrière, avec un bilan plutôt positif ! Petit film « noir » bien ficelé Clay Pigeons, de David Dabkin L’ambiguïté commence dès le titre. Les «pigeons d’argile», ce sont ces volatiles de substitution utilisés pour l’entraînement des tireurs (américains) à la carabine ou au fusil. En français, un «pigeon» c’est le gars qui se fait manipuler, le pauvre type qui se retrouve plumé comme un dindon (pour rester dans la basse-cour). Le film s’ouvre justement sur un tir de cette sorte, auquel s’exercent deux hommes (vieux copains apparemment). La séance va très mal se terminer. Et ce n’est que le début d’une série de machinations, de chassés-croisés criminels qui vont mener les personnages jusqu’au bout d’un parcours dégoulinant de sang. Pas question, bien sûr, de vous donner des détails sur l’intrigue. Ce serait gâcher votre plaisir. Un plaisir vicieusement pervers. Précisons-le sans plus tarder : il n’est pas question de faire de Clay Pigeons un grand film d’un intérêt exceptionnel. Il n’empêche que, même si par les temps qui courent on ne peut se montrer trop exigeant, le film de David Dobkin n’en est pas moins un exercice réussi dans le registre «noir». Modeste par son budget comme par son ambition, mais adroitement fabriqué et sachant retenir notre attention de bout en bout. Tous les éléments du film noir traditionnel sont réunis dans Clay Pigeons. D’abord, le cadre : une petite ville de l’Amérique de l’Ouest, grise, poussiéreuse, où il ne se passe rien, où tout le monde se connaît (ceux qui ont vu, en 90, The Hot Spot de Dennis Hopper, se retrouveront en pays de connaissance). Ensuite, les personnages : des hommes veules, portés sur l’alcool, proies faciles de femelles sensuelles ou alors d’amoureuses naïves ; surgissant dans ce milieu d’humanité médiocre, un type bizarre, venu on ne sait d’où et qui va se révéler... interdit d’en dire plus ! Le scénario, enfin. Compliquée comme il se doit, l’histoire ménage habilement zones d’ombre et surprises-chocs (au prix, tout de même, de quelques retombées ou passages à vide). Se débrouillant avec les moyens du bord – visiblement limités – David Dobkin a réalisé son film avec dextérité et intelligence. À signaler la conclusion : le dernier plan du film est une trouvaille de mise en scène, qui suscite, encore ici, un soupçon d’ambiguïté troublante. Clay Pigeons est servi par des interprètes adéquats : Joaquin Phoenix, Vince Vaughn (qui fut si mauvais dans le Psycho idem de Gus Van Sant) et Scott Wilson – avec, côté dames : Janeane Garofalo (l’envoyée «spéciale» du FBI) et Georgina Cates. Vous pouvez aller voir Clay Pigeons, ce film dans lequel les pigeons ne s’aiment pas d’amour tendre. EMPIRE/SODECO Crime et châtiment 28 Days, de Betty Thomas Gwen. Elle s’appelle Gwen, et sa vie, c’est à 300 km/h qu’elle la consume, qu’elle la brûle, qu’elle la déglingue. Drogues, alcools, sexe et décibels. Gwen en use, elle en abuse, aucun tabou, aucune limite, dans la jungle de sa ville, énorme, gloutonne, tous les prétextes sont bons pour faire la fête, pour javelliser le stress. Gwen est journaliste, et Gwen s’en fout. De tout. Gwen, boursouflée de vin, de whiskies, de vodkas, ira, avec son amant yuppie totalement défoncé, au mariage de sa sœur, une espèce d’autruche qui a avalé un balai par erreur, elle écrasera son gâteau, des mètres et des mètres de crème chantilly et de meringue qui ne servent plus à rien. Elle prendra la limousine des nouveaux époux (il faut remplacer la pièce montée), elle ira la fracasser dans un mur, un beau pavillon de banlieue flambant neuf, et c’est la prison. Ou alors, il lui faudra passer 28 jours dans une clinique de désintoxication, règles draconiennes, ambiance complètement ringarde. Gwen choisira les 28 jours. 28 Days est un film bizarre. Hybride. Ce n’est pas seulement parce qu’il oscille constamment entre comédie de mœurs et mélodrame égyptien, sans jamais vraiment trouver son ton. Non. Ce qui coince, c’est l’absence totale de ressort dramatique: savoir si Gwen verra le bout de son tunnel, savoir si son chemin de croix finira bien un jour, savoir si elle réussira à transcender ses traumatismes de quand elle avait huit ans (sa maman définitivement poivrote, sa sœur qui soi-disant la hait), tout cela, indépendamment du fait que ce n’est pas particulièrement palpitant, est prévisible, on ne peut plus prévisible... Idem pour le rythme, toujours en dents de scie, rien n’est maîtrisé, au petit bonheur la chance... Il n’empêche, la galerie de paumés brossée par Betty Thomas est savoureuse, drôle, humaine... Et émouvante. Elles et ils tentent pour nous, avec nous, de réparer cet indispensable plomb qui a sauté, et ça c’est attachant en diable. Betty Thomas a vu et apprécié, à leur juste valeur, les The Player ou autres Short Cuts du maestro Altman. Quant à la distribution de 28 Days, elle est, elle aussi, bâtarde: les seconds rôles, Steve Buscemi et Viggo Mortensen en tête sont idoines, et tous les autres aussi, le seul problème, c’est, malheureusement, la Gwen. Sandra Bullock n’a jamais été aussi mièvre, floue et inconsistante. Winona Ryder ou Angelina Jolie auraient été parfaites. Mais la perfection... on connaît la suite.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Peut-être une sortie du tunnel qui s’amorce : quatre films inédits sont à l’affiche. À savoir : «Clay Pigeons», une modeste série noire bien troussée – «28 Days», une moyenne convenable (attribuée à Ziyad Makhoul) – «Les sœurs du Soleil», une comédie ultrafranchouillarde (le quatrième film, «Storm Catcher», est un sous-produit). Après l’événement annoncé pour la semaine prochaine («Bringing Out the Dead», de Martin Scorsese), les choses pourraient commencer à vraiment bouger avec la sortie, début juillet, du «Gladiator» de Ridley Scott («Mission : Impossible 2», de John Woo, ce sera pour la fin du même mois). Autre date annoncée : «Himalaya, l’enfance d’un chef», film français d’Éric Valli, devrait sortir le 29 courant. À ajouter à la (longue) liste des films que nous ne verrons pas...