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Actualités - Opinion

Pour les 125 ans de l'USJ La Bibliothèque Orientale, un fleuron unique

Les 125 ans de l’USJ constituent pour nous une opportunité de s’arrêter un moment sur le passé pour se souvenir et évaluer l’hommage à rendre aux ouvriers de toutes les heures. Et d’abord, il y a le souvenir des pères jésuites, dont nous avons directement entendu parler par ceux qui les ont connus, ouvriers non de la première heure mais bien de cette seconde qui vit l’installation du Collège de Ghazir à Beyrouth et la création de l’USJ en 1875, celui du père Cheikho, «sultan de la langue arabe» que n’osa pas défier Jamal Pacha en 1916 et qui publia au début de ce siècle dans «son Machrek» les poèmes, peut-être les premiers, de mon grand-père Chébli, jeune homme alos âgé de vingt-cinq ans. Et puis, c’est le souvenir de ceux que nos pères nous ont maintes fois rappelé, qu’ils ont eu l’opportunité et la chance de côtoyer ou de connaître, d’être leur élève ou leur étudiant – ou tout simplement de les distinguer dans leur vieillesse de travail et d’espérance : Lammens, Chanteur, De Bonneville, Mairey, Jean Costa de Beauregard ... Nous les aurions oubliés n’était-ce le travail de bénédictin du père Jalabert dans ses Jésuites au Proche-Orient. Et puis, il y a ceux que nous connûmes, le père Bonnet Eymard, forte figure de bâtisseur de la trempe de Lyautey, ceux des temps de la guerre, de l’infortune, de la résistance et du courage : le père de Jerphanion, que je revois tout fier encore de présenter à l’urbanisme ses plans pour l’édification du campus de l’Esib à Mar Roukos en 1968-69, le père Jean Dalmais, le père Sélim Daccache – tous deux recteurs du Collège Notre-Dame de Jamhour, le père Sami Khoury, historiographe rigoureux et patient, le père Camille Héchaimé en charge du Machrek... Cette institution dans sa vaste appartenance qu’est l’USJ a pour nous figure d’homme – et pour chaque génération, une institution ne peut grandir que par cette vision de l’ouvrier du seigneur qui n’est là que pour faire lever la pâte et s’assurer que la Mort ne viendra jamais le surprendre sans qu’il n’ait accompli sa mission de témoignage et d’éducation. Au nombre de ces institutions à figure d’homme, la Bibliothèque Orientale de l’USJ se dresse en plein cœur de l’histoire du Liban, de la Compagnie de Jésus et de l’USJ dans sa force, sa tradition, sa vigueur culturelle et sa place incontournable et unique dans la culture du Proche-Orient. Le Liban a eu le bonheur de voir grandir sur son sol ce qui n’était d’abord qu’un lieu de collecte d’ouvrages pour devenir le fleuron unique qu’aucune institution universitaire ou autre ne peut lui ravir. Cette institution que le père Martin McDermott dirigea durant plus d’un quart de siècle dans des temps difficiles, austères et uniques, située sur cette fameuse ligne de démarcation où une simple balle aurait pu faire tout disparaître est plus qu’une bibliothèque. C’est un lieu privilégié de rencontres, d’échange d’idées, où le livre, la revue, le manuscrit ne sont que le véhicule de transmission d’un comportement humain d’accueil et d’ouverture vers l’autre. Le père Martin McDermot, aidé par trois personnes dont il est juste de relever le dévouement, Nohad Salamé, Graziella Abi Tayeh et Magda Nammour, ancré dans ce Liban des jours de misère quand, pour arriver à la bibliothèque, il fallait braver les francs-tireurs ou toute autre surprise, a su, par son élégance morale, sa culture, sa foi, avec des moyens extrêmement réduits, constituer un espace culturel où lire, consulter, discuter, communiquer s’imposaient tout naturellement. Sa présence, sa capacité d’avoir pu préserver et sauver cette institution unique au Proche-Orient constituent pour moi l’opportunité d’un hommage à lui reconnaître – car les hommes des temps difficiles s’oublient vite dans les temps heureux – et d’un espoir en la consécration de la Bibliothèque Orientale comme un espace privilégié du dialogue islamo-chrétien et de toutes les cultures sur cette terre d’Orient, véritables raisons d’être du Liban. C’est pour moi un privilège, à l’occasion des 125 ans de l’USJ, de rappeler tout ce que représente, pour nous, cette magnifique institution qu’est la Bibliothèque Orientale de la Compagnie de Jésus.
Les 125 ans de l’USJ constituent pour nous une opportunité de s’arrêter un moment sur le passé pour se souvenir et évaluer l’hommage à rendre aux ouvriers de toutes les heures. Et d’abord, il y a le souvenir des pères jésuites, dont nous avons directement entendu parler par ceux qui les ont connus, ouvriers non de la première heure mais bien de cette seconde qui vit l’installation du Collège de Ghazir à Beyrouth et la création de l’USJ en 1875, celui du père Cheikho, «sultan de la langue arabe» que n’osa pas défier Jamal Pacha en 1916 et qui publia au début de ce siècle dans «son Machrek» les poèmes, peut-être les premiers, de mon grand-père Chébli, jeune homme alos âgé de vingt-cinq ans. Et puis, c’est le souvenir de ceux que nos pères nous ont maintes fois rappelé, qu’ils ont eu...