Des milliers de phoques morts ou agonisants, pour une raison inconnue, se sont échoués ces dernières semaines sur les plages de la Caspienne autour de la ville de Baoutino, où les baigneurs n’osent plus entrer dans l’eau malgré la canicule qui sévit. Au moins 3 600 carcasses de phoques ont été retrouvées sur les rives du Kazakhstan depuis le début du mois de mai, transformant les plages de Baoutino, Fort Chevtchenko et Atkaou en véritables cimetières. Jusqu’à maintenant, les spécialistes n’ont pas réussi à identifier la cause de ce mal qui décime les populations de phoques et a semé l’émoi chez les habitants de la région. «C’est très inquiétant et nous cherchons à trouver une réponse», a déclaré l’un des volontaires employés au nettoyage des plages, Ivan Bouran, qui affirme que son équipe a ramassé jusqu’ici près de 1 500 animaux échoués dans la seule région de Baoutino. De crainte qu’il s’agisse d’une épidémie et qu’elle ne se transmette à d’autres animaux et aux humains, les autorités régionales ont décrété l’état d’urgence. «Nous avons demandé à la population de ne pas toucher les bêtes mortes et de ne pas se baigner jusqu’à ce que toutes les plages aient été nettoyées des carcasses», a déclaré le responsable du ministère régional des Situations d’urgence, Kajimourat Khaïrouchev. Selon les autorités, 3 654 phoques ont jusqu’à maintenant été ramassés, brûlés et enterrés. Mais Sarsimbek Khalasbaev, directeur adjoint du district de Toupkagaran, estime que le chiffre pourrait rapidement atteindre 5 000. On estime les effectifs de la population de phoques dans la Caspienne à 420 000. La plupart des carcasses ont été incinérées, et les scientifiques essaient de répondre à l’angoisse de la population en déterminant s’il s’agit d’une épidémie ou d’un empoisonnement. Des scientifiques d’un institut de recherche sur la mer Caspienne à Astrakhan (sud de la Russie), spécialisés dans l’étude des populations de phoques, ont accusé le bacille pasteurella, qui s’attaque parfois aux animaux, sans pouvoir encore prouver leur hypothèse. Mais les chercheurs n’excluent pas non plus qu’une alimentation surchargée en toxines soit à l’origine de la catastrophe. Le directeur du département d’inspection gouvernementale du ministère, Bek-Boulat Eleuchov, a indiqué que son ministère menait une enquête pour tenter de savoir si la Caspienne n’avait pas été polluée par des déchets chimiques ou d’autres toxines. Des tests menés sur les poissons, l’eau et l’air n’ont pas permis de faire la lumière sur l’origine du mal, a-t-il ajouté. Des habitants d’Atkaou ont mis en cause les travaux de forage pétroliers entrepris par la «Offshore Kazakhstan International Operating Company» (Okioc), bien qu’aucune preuve ne vienne appuyer cette théorie. «Nous avons effectué des tests depuis le moment où le contrat a été signé en 1997 entre le Kazakhstan et Okioc et les résultats n’ont rien montré qui pouvait dépasser les normes», a affirmé M. Eleuchov. Le consortium procède actuellement à des forages sur un site considéré comme l’une des plus grosses réserves en mer de pétrole du monde. Et la mort des phoques sur les plages soulève des inquiétudes sur les conséquences éventuelles d’une exploitation pétrolière massive dans la Caspienne. «Il vaut mieux avoir la Caspienne avec ses poissons et ses mammifères que l’argent du pétrole», note Marika Passilovana, une résidente d’Atkaou. «Si nous détruisons la mer, la nature ne nous le pardonnera pas».
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