Roland-Garros a vécu hier une grande première, de mémoire des aficionados du tennis. Aucune petite balle jaune n’a pu rebondir sur la terre battue de la porte d’Auteuil et tous les matches de la deuxième journée du tournoi ont été reportés. Un événement qui a des conséquences sur l’organisation de l’épreuve, mais aussi sur les compagnies d’assurances auprès desquelles la direction des Internationaux de France a souscrit ses contrats et qui doit rembourser tous les spectateurs privés de spectacle. À condition que ces derniers se fassent connaître avant la mi-juin auprès des assureurs. «Aujourd’hui (mardi), la recette de la billetterie était d’un peu plus de sept millions de francs pour environ 30 000 spectateurs. Je ne peux préciser quel est le montant de la prime que nous payons pour la couverture de l’annulation des matches, mais celle de la prime globale annuelle que nous versons pour la couverture des risques liés à l’organisation du tournoi est de cinq millions de francs», a précisé Hervé Dutreil, le directeur adjoint des Internationaux de France. Pendant que les comptes étaient faits, dans les travées, d’aucuns s’interrogeaient sur un tel précédent à Roland-Garros. Certains des habitués des lieux les plus aguerris croyaient se souvenir d’une journée passée au bar à la fin des années 80, à attendre la fin des intempéries. Pourtant, à cette époque, nulle trace d’une journée sans échange. En revanche, tous se souviennent qu’en 1973, la finale des Internationaux de France s’était jouée le mardi, les demi-finales ayant eu lieu la veille et les quarts le samedi. Les jours précédents, la mémoire collective affirme que quelques matches avaient bien eu lieu. Mais au-delà de l’anecdote et des risques financiers, la pluie qui n’a cessé de toute la journée sur le stade pose des problèmes d’organisation pour la suite de la compétition. Un cauchemar «C’est un cauchemar et je pense avant tout au public qui, dans sa grande majorité, avait préparé cette journée de longue date. Je suis admiratif de la compréhension dont ils ont fait preuve. Les joueurs, eux, sont plus habitués à ce genre de contretemps», a déclaré Patrice Clerc, le directeur du tournoi, qui, en 21 ans de carrière, n’avait jamais connu tel désagrément. «Nous avons attendu un miracle toute la journée, même si Météo France ne nous avait laissé que peu d’espoirs. Reste que désormais, ce sont les joueurs qui vont payer les pots cassés». Pour limiter les dégâts, la décision a été prise d’ouvrir jeudi les courts d’entraînement, ce qui permettra de voir des matches sur 21 terrains au lieu de 16. Au programme, les 64 matches prévus mardi, plus 16 rencontres du bas du tableau masculin. Bis repetita pour jeudi avec ces dames. «Nous avons fait le choix de faire jouer les deuxièmes tours des hommes car ceux-ci disputent des matches en cinq sets, alors que les femmes n’en font que trois. La journée de repos paraît plus nécessaire pour les hommes, s’est justifié Patrice Clerc. De plus, le météo prévoit un temps gris mais sec avec une amélioration pour jeudi. Les risques sont donc faibles de voir une nouvelle journée perturbée. En revanche, les matches ne débuteront pas plus tôt, le mercredi étant la journée des enfants et des départs collectifs ou des rendez-vous de groupes étant prévus de longue date». À l’évocation d’un toit amovible sur le court central, Patrice Clerc a bien failli sortir de sa réserve. «La pluie fait partie du jeu, des grands moments des sports joués en extérieur. Wimbledon, bien plus touché que nous, n’a jamais songé à couvrir son central. Cela enlèverait un élément fort pour les joueurs, qui est celui de lutter contre les éléments. Cela ne peut se concevoir que pour une finale où, là, les deux joueurs seraient placés dans des conditions de jeu identiques». Quant à Hervé Dutreil, il a tenu à conclure sur une note d’humour en précisant : «Un toit amovible coûte très cher, sûrement plus que toutes les assurances».
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