La phase de qualification du championnat d’Europe des nations de football qui débutera le 10 juin à Bruxelles a démarré en septembre 1998 et quelque quinze mois et 228 matches plus tard, seize équipes sur quarante-neuf engagées sont parvenues à se qualifier pour l’ultime phase, dont la finale se déroulera le 2 juillet à Rotterdam. Parcours des élues : Groupe 1 : l’Italie a terminé à la première place. Après une bonne entame, les hommes de Dino Zoff n’ont assuré leur qualification que lors du dernier match (0-0) face à la Biélorussie. Les Italiens ont comptabilisé 15 points, soit un point de plus que le Danemark et la Suisse. Le Danemark, qui a surpris l’Italie en l’emportant (3-2) à Naples, a obtenu une place de barragiste aux dépens de la Suisse, grâce à la différence de buts particulière. Groupe 2 : la Norvège s’est qualifiée facilement. Emmenés par Nils Johan Semb, leur nouvel entraîneur, les Norvégiens ont remporté huit matches. La Slovénie a créé la surprise en finissant deuxième, devançant la Grèce de deux points. Groupe 3 : l’équipe d’Allemagne s’est montrée digne de son titre en remportant six matches d’affilée. Mais lors du dernier match, les joueurs du très critiqué Erich Ribbeck ont dû se contenter à domicile d’un 0 à 0 contre la Turquie, un point assurant la qualification. L’équipe turque a achevé ce parcours à la deuxième place. Groupe 4 : la lutte a été serrée jusqu’à ce qu’Alexandre Filiminov, le gardien russe, commette une bourde à la 87e minute et offre à l’Ukraine un match nul 1 à 1 à Moscou, permettant non seulement à celle-ci de jouer les matches de barrage mais aussi à la France d’être automatiquement qualifiée après son ultime succès contre l’Islande 3 à 2. Groupe 5 : la Suède s’est imposée avec panache. L’équipe de Tommy Soderberg a battu l’Angleterre 2 à 1 lors du premier match et a élevé progressivement son niveau de jeu pour finir invaincue avec sept victoires en huit matches et un seul but concédé. La deuxième place est revenue à l’Angleterre. Groupe 6 : le match inaugural de l’Espagne à Chypre (défaite 3 à 2) a coûté la place du sélectionneur Javier Clemente, remplacé par José Antonio Camacho. Les Espagnols ont remporté alors tous leurs matches, totalisant 42 buts dans leurs huit dernières rencontres ! Pour la deuxième place, Israël a coiffé l’Autriche. Groupe 7 : la Roumanie est restée invaincue et a terminé avec 24 points, soit un point de plus que son rival, le Portugal, après une victoire décisive (1-0) à Lisbonne. Meilleur deuxième, le Portugal s’est qualifié toutefois automatiquement. Groupe 8 : avant la dernière journée, la Yougoslavie, la république d’Irlande et la Croatie pouvaient toutes prétendre à la première place. Contre la république d’Irlande, le but égalisateur de la Macédoine, durant les arrêts de jeu, a placé en tête du groupe la Yougoslavie, dont le match nul (2-2) en Croatie, le même jour, a relégué à la troisième place son rival des Balkans. Le sport l’a emporté sur le terrain mais la guerre a sévi autour : cinq matches ont été reportés dans ce groupe. Groupe 9 : la République tchèque s’est promenée. Les joueurs de Jozef Chovanec ont été les premiers à se qualifier et les seuls à remporter tous les points en jeu. La progression de cette équipe a été continue et elle s’est imposée pour la première fois de son histoire en Écosse (2-1), qui sera barragiste. Barrages : le Danemark, en deux matches, a écrasé Israël 8-0. La Turquie l’a difficilement emporté aux dépens de la république d’Irlande, grâce aux buts marqués à l’extérieur. L’Angleterre s’est fait peur contre l’Écosse après l’avoir emporté à l’aller (2-0) et trébuché à Wembley (1-0). Enfin, la grande surprise est venue de la Slovénie qui a éliminé l’Ukraine. Des Kosovars somment Bruxelles de refuser l’équipe yougoslave Des Albanais du Kosovo résidant en Belgique ont déposé une requête devant la justice belge pour que Bruxelles refuse d’accueillir l’équipe de football yougoslave lors de l’Euro-2000 qui débute le 10 juin, ont annoncé leurs avocats Luc Misson et Georges-Henri Beauthier. Les plaignants se basent sur deux décisions de l’Union européenne. «La première vise à interdire d’accorder des visas à toute personne représentant le régime yougoslave», expliquent-ils. Selon eux «l’équipe yougoslave est une représentation du régime de Slobodan Milosevic». Le second argument juridique est l’interdiction, décidée par l’Union européenne, de tout flux financier avec la Yougoslavie. Par sa simple participation à la compétition, l’équipe yougoslave est assurée d’empocher plus de 120 millions de FB (environ 3 millions d’euros). Les services du ministère belge de l’Intérieur réfutent cette action en justice. Ils soulignent qu’aucun embargo sportif n’a été décidé contre la Yougoslavie, qui a obtenu régulièrement sa qualification pour la phase finale de l’Euro-2000. L’équipe yougoslave doit disputer ses trois rencontres du premier tour de l’Euro-2000 en Belgique : le 13 juin à Charleroi contre la Slovénie, le 18 juin à Liège face à la Norvège et le 21 juin à Bruges contre l’Espagne. La décision du tribunal de première instance de Bruxelles sera rendue le 2 juin. Blanc : La dernière campagne du « président » Sa taille (1,92 m) et son autorité naturelle ont fait de Laurent Blanc l’un des «cadres» de l’équipe de France, championne du monde de football, et certains se plaisent même à l’appeler «président». Mais les plus belles carrières internationales ayant une fin, le défenseur français, qui approche les 35 ans, bouclera la sienne après l’Euro-2000 qu’il sorte victorieux ou vaincu de cette compétition. «Il reste encore de l’essence dans mon réservoir», dit-il. «Mais comme je n’ai pas de jauge, je ne sais pas s’il en restera assez même si je pense avoir assez bien géré ma saison». Depuis ses débuts avec les Bleus il y a 11 ans, Blanc, comme son acolyte et capitaine Didier Deschamps, a tout connu en équipe de France : le pire puis le meilleur. Le pire, ce fut les années Platini, l’Euro 92 complètement manqué avec une élimination au premier tour et la non-qualification pour le Mondial américain après une défaite (2-1) contre la Bulgarie en novembre 1993 au Parc des Princes. Le meilleur, ce fut les années Jacquet avec une demi-finale inespérée à l’Euro anglais puis le titre mondial en 1998 un peu gâché par la privation de finale pour une expulsion litigieuse. «Il est sûr que ne pas avoir participé à cette finale est une grosse frustration, souligne-t-il, mais c’est la vie et je ne peux pas en vouloir au Croate» qui avait simulé une agression. «Cela ne change rien au résultat. On a cette étoile sur notre maillot et j’ai participé à la victoire». Il fut même le sauveur des Français lors d’une huitième finale face au Paraguay. Jacquet envisageait pendant les prolongations une élimination prématurée et son départ en exil lorsque sur une remise de la tête de David Trezeguet, le défenseur français inscrivit le but en or. «Ce fut un match épouvantable», se souvient-il. «On se voyait aller aux pénalties avec leur gardien qui les aurait qualifiés à coup sûr». Cohésion Comme toutes les créatures de pouvoir, Blanc attend de cet Euro-2000 une sortie grandiose et spectaculaire, une nouvelle descente des Champs-Élysées, un nouveau trophée à la main, sur l’impériale d’un autobus bleu-blanc-rouge. «Tout le monde a envie de faire quelque chose de grand pendant cet Euro mais il est certain que cela sera plus difficile que lors de la Coupe du monde», prévoit-il. «Se retrouver avec le Danemark, la République tchèque et les Pays-Bas, c’est autre chose que d’affronter l’Afrique du Sud ou l’Arabie séoudite malgré tout le respect que j’ai pour ces deux pays. Il va falloir sortir de ce groupe de qualification, ce qui sera sûrement le plus dur mais pour l’instant, je ne veux pas y penser. Je ne veux pas bouffer trop d’énergie. La pression, je me la mettrai le 11 juin à 17h50». Patron de la défense tricolore, Blanc va se lancer dans ce dernier combat avec exactement les mêmes lieutenants qu’en 1998 et en 1996 : Lilian Thuram, Bixente Lizarazu et Marcel Desailly. La voûte mise en place par Aimé Jacquet il y a quatre ans n’a pas changé. Elle connaît pourtant quelques fissures. La France de Jacquet est devenue championne du monde en encaissant deux buts, dont un penalty, en sept matches. La France de Roger Lemerre est une formation qui se laisse prendre en défaut. Ce fut patent face à la Slovénie en avril et encore plus dramatique face à la Russie en juin 1999 au Stade de France. «C’est vrai que nous prenons plus de buts, reconnaît Blanc, mais je veux bien qu’on en prenne deux par match s’il l’on en marque trois ou quatre. C’est juste une question d’équilibre et de stratégie». «En 1992, à l’époque de Michel Platini, nous nous sommes présentés en grands favoris sans avoir perdu le moindre match lors des qualifications. Et nous avons fait un mauvais parcours», rappelle-t-il. La différence par rapport à cette époque est sans doute la concentration et le sérieux qui animent désormais l’équipe de France. «Il y a une véritable cohésion dans ce groupe», explique Blanc. «Nous fonctionnons comme un club. C’est comme si à chaque intersaison, nous recrutions deux ou trois joueurs de talent et que nous les intégrions». La seule question en suspens est celle de la succession du «président». Elle semble à moyen terme réglée puisque Franck Lebœuf a annoncé qu’il ne voulait pas partir en préretraite.
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