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Actualités - Reportages

Arabisation et francophonie : le combat des cultures

À partir de 1983, l’Algérie francophone se lance dans une politique d’arabisation qui se traduit par l’interdiction de l’enseignement du français dans les écoles et les universités. Cette décision ne fera qu’accentuer les nombreuses contradictions d’une société qui, à l’instar du reste des pays arabes, cherche encore à se définir. Confrontée aux séquelles du postcolonialisme, l’Algérie ne semble pas avoir résolu le problème de son dualisme culturel. Nombreux sur le marché, les journalistes francophones algériens témoignent de cette ambiguïté qui s’avère être plus politique que culturelle . «Pour se maintenir en place, les gens au pouvoir utilisent plusieurs cartes, y compris celle de l’arabisation», affirme Khaled. «Les gens, qui tiennent les discours les plus virulents vis-à-vis de l’arabisation, sont les gens les plus francophiles. Ils ne rêvent que de partir en France, d’y vivre, et envoient leurs enfants là-bas. C’est un grand mensonge», commente ce journaliste. Ce discours a-t-il été imposé par les islamistes ? «Possible. En tout cas, il n’est pas partagé par la société qui n’a pas été consultée sur la question», souligne Khaled. «Si on organise un référendum, les gens s’opposeront certainement à l’arabisation et voteront en faveur de la coexistence de plusieurs langues». Lui comme d’autres d’ailleurs ne sont absolument pas contre la langue arabe. «C’est une très belle langue, dit Mohammed, que tout le monde doit connaître. Elle n’entre pas pour autant en conflit avec l’apprentissage d’autres langues, au contraire. C’est une source d’enrichissement». Et Khaled de commenter : «Comme les décideurs manipulent plusieurs langues alors que le peuple ne manipule qu’un arabe approximatif, ils étaient assurés de ne pas avoir des problèmes de contestation du pouvoir en place. Car, dit-il, quand on possède deux langues, on est face à deux options, deux choix culturels, qui véhiculent précisément des valeurs et des pratiques contestataires». L’arabisation a-t-elle évincé la francophonie en Algérie ? «Loin de là», affirme Zeineddine. «Elle ne le fera jamais car les Algériens sont quelque part Français. Je ne peux pas dire cependant que tous les cœurs des Algériens battent pour la France. Mais la langue a encore sa place». Sur le terrain, la situation reste paradoxale. Et si les francophones appartiennent surtout à l’ancienne génération, la nouvelle vague de diplômés souffrent aujourd’hui d’un handicap majeur, celui de la connaissance des langues. Ce problème se pose actuellement de manière plus aiguë, à un moment où l’Algérie commence à effectuer une ouverture vers l’extérieur. Afin de briser l’isolement dans lequel l’Algérie s’est trouvée confinée des années durant, Abdel Aziz Bouteflica a lui-même «brisé les tabous» en se mettant à parler en français. Pour sa part, Ahmad reste convaincu que seule l’ouverture et le pluralisme culturel pourront sortir l’Algérie de sa situation difficile. «L’arabisation n’a mené à rien sinon à plus de rigidité et d’ignorance», dit-il. «La génération dite arabisée arrive maintenant sur le marché du travail. Et en matière de journalisme, on a toutes le peines du monde à recruter des gens qui maîtrisent bien la langue». Quoi qu’il en soit, la coutume du bilinguisme, qui a longtemps caractérisé l’Algérie, ne semble pas près de disparaître, malgré ce retournement de situation qui, de l’avis des journalistes francophones, n’est que «transitoire». «Moi je suis certain que le premier pays arabe à se démocratiser, ce sera l’Algérie et pas un autre . Parce que je sais que les Algériens veulent vivre librement, même dans l’anarchie. Ils se battent d’une manière ou d’une autre. Parfois ils sont manipulés. Mais tous luttent pour la liberté», conclut Zeineddine.
À partir de 1983, l’Algérie francophone se lance dans une politique d’arabisation qui se traduit par l’interdiction de l’enseignement du français dans les écoles et les universités. Cette décision ne fera qu’accentuer les nombreuses contradictions d’une société qui, à l’instar du reste des pays arabes, cherche encore à se définir. Confrontée aux séquelles du postcolonialisme, l’Algérie ne semble pas avoir résolu le problème de son dualisme culturel. Nombreux sur le marché, les journalistes francophones algériens témoignent de cette ambiguïté qui s’avère être plus politique que culturelle . «Pour se maintenir en place, les gens au pouvoir utilisent plusieurs cartes, y compris celle de l’arabisation», affirme Khaled. «Les gens, qui tiennent les discours les plus virulents vis-à-vis de...