En librairie depuis peu, Les faits du jour de l’Orient, un recueil intégral des éditoriaux publiés en 1957 par René Aggiouri en première page de L’Orient. L’éditeur Georges Farchakh (éditions Inter-Arabe, Paris) justifie la choix de l’année 1957 dans les termes suivants : «Sur le plan intérieur, elle fut l’année de la loi électorale et des élections législatives qui ont faites “sur mesure” pour amener une assemblée censée renouveler le mandat du président Chamoun, mais qui finit par élire Fouad Chéhab à la tête de l’État. Mais elle fut aussi l’année annonciatrice de ce qu’on a appelé la “révolution” de 1958, qui fut le premier coup dur porté à l’unité nationale. «Sur le plan régional, 1957 succéda à la campagne de Suez et consacra le leadership de Gamal Abdel Nasser sur le monde arabe, qui aboutit, l’année suivante, à la première union entre deux États arabes, l’Égypte et la Syrie. «Sur le plan international, enfin, 1957 est, entre autres événements majeurs, l’année de l’éviction, hors du Moyen-Orient par leurs alliés les États-Unis d’Amérique, des deux empires coloniaux britanique et français, avec la bénédiction du bloc soviétique». Voici par ailleurs en quels termes Camille Aboussouan préface le recueil : «En 1964, alors que j’écrivais des éditoriaux historiques et culturels dans les colonnes de L’Orient, je m’étais, un jour, trouvé au Caire à déjeuner à l’ambassade de France. J’avais pour voisin de table l’ambassadeur des États-Unis qui m’apprit qu’il n’envoyait jamais un rapport à Washington sur les problèmes politiques du Proche-Orient sans avoir lu au préalable avec beaucoup d’attention les éditoriaux de René Aggiouri qu’il considérait parmi les plus lucides et les plus pertinents. «Quarante ans après, ceux qu’il écrit aujourd’hui sont toujours des plus remarquables. «Lorsqu’avait été publié aux Cahiers de l’Est, en 1968, son ouvrage Le conflit de Palestine dans le jeu des puissances, j’étais convaincu qu’une forte pierre s’ajoutait aux tentatives de reconstruction et j’écrivais dans l’introduction que le problème n’avait “jamais été présenté aux nations dans toute la clarté d’une approche historique et juridique aussi rigoureuse”. «L’année 1957, qualifiée de tournant, l’a, en effet, bien été, que ces pages illustrent. La doctrine Eisenhower, la pression nassérienne, la politique intérieure libanaise marquée par l’élection présidentielle toute proche annonçant l’insurrection de 1958, voilà les grandes étapes de ce temps qui ont infléchi le cours normal des choses. «Notre siècle aura vécu deux cataclysmes dans cette Asie antérieure : l’effondrement de l’empire ottoman et la création de l’État d’Israël. «Des plumes nombreuses ont tenté d’en suivre et d’en analyser les implications. Quatre ou cinq grands observateurs eurent le privilège autour de nous d’en pénétrer lucidement les données et leurs lendemains. René Aggiouri est un des leurs. La rigueur et l’intelligence de ses conclusions, l’esprit de ses approches à l’écart de toute émotivité, loin de toute idéologie, font de ses textes de véritables documents qui auront pour eux la pérennité de la référence. «J’ai toujours pensé que les grands médias du monde n’avaient pas en cela notre chance. Les querelles de l’intelligence portaient vers nos réflexions et nos méditations des valeurs de jugement très privilégiées, mais souvent aussi elles étaient pour nous le constat de notre grande solitude. «Le livre que voici en repoussera les murs». Un ouvrage aussi précieux qu’indispensable pour ceux que passionne l’histoire mouvementée du Liban.
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