Une liberté de ton jamais observée dans la vie politique éthiopienne a marqué la campagne pour les élections législatives. Pour la première fois, téléspectateurs et auditeurs éthiopiens ont pu entendre l’opposition critiquer, parfois même insulter, les dirigeants de la coalition gouvernementale au pouvoir (EPRDF, Front révolutionnaire et démocratique des peuples d’Éthiopie) depuis 1991. «J’ai été impressionné par la vigueur du débat public qui a pris place dans le cadre de la campagne électorale», a souligné l’ambassadeur de Grande-Bretagne à Addis-Abeba Gordon Wetherell dans un entretien publié dans l’hebdomadaire privé The Reporter. Plus de 20 millions d’Éthiopiens doivent se rendre aux urnes dimanche afin d’élire les membres des conseils des huit États fédéraux (les organes législatifs régionaux) et des régions administratives particulières d’Addis-Abeba et Dire Dawa (est), ainsi que les 550 députés de la Chambre des représentants (législatif fédéral) moins 25 sièges occupés par des députés de la région Somali (sud-est). Dans le cadre de cette libéralisation, un assouplissement juridique a permis aux candidats d’exercer des fonctions publiques tout en participant aux élections. Dans l’ensemble, peu d’irrégularités ont été dénoncées dans l’enregistrement des électeurs et la distribution des cartes électorales. Toutefois, le régime actuel a été publiquement accusé à plusieurs reprises par l’opposition «d’exercer des intimidations sur les candidats de l’opposition et certains électeurs sous la forme de menaces de représailles, détention arbitraire ou contraintes administratives». La campagne électorale lancée en janvier s’est intensifiée ces deux derniers mois via des débats radiotélévisés permettant aux nombreux partis et candidats indépendants de présenter leurs programmes. Des débats ont aussi été organisés par des associations émanant de la société civile (Inter-Africa Group, Addis Abeba Chamber of Commerce, Ethiopian Economic Association, Ethiopian Human Rights Council, Ethiopian Women Lawyers Association). L’utilisation d’affiches et de tracts ainsi que les facilités accordées pour une publication de manifestes dans les journaux privés et gouvernementaux ont également permis d’identifier les participants. Malgré ces avancées, des voix se sont élevées pour affirmer que le rapport de force entre l’EPRDF et l’opposition demeurait inégal. Le poids lourd de l’échiquier politique dispose d’importants relais dans l’administration fédérale, régionale et locale qu’il contrôle, ainsi que des sources de financements significatifs. Les divers moyens d’expression, en particulier la Radio (NDLR : 3 millions de postes en Éthiopie, selon des estimations conservatrices) et la télévision (1 million d’appareils), restent encore un monopole d’État. L’imposante présence de la coalition au pouvoir se manifeste également dans le nombre de candidats présentés. La majorité des candidats dans les deux consultations le font sous la bannière de l’EPRDF. L’opposition, avec une capacité financière limitée et qui arrivait jusqu’ici en ordre dispersé, a décidé samedi de créer un «comité de coordination» (composé notamment de l’AAPO, Parti de tous les peuples Amhara ONC, Congrès national Oromo, EDU, Parti démocratique d’Union éthiopien) destiné à canaliser les efforts en vue des élections de dimanche prochain.
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