La bénédiction du peloton par Jean-Paul II, prévue vendredi matin à la basilique Saint-Pierre de Rome, est passée au second plan après l’annonce de la participation de Marco Pantani au Tour d’Italie. Même si rien n’était officiel jeudi soir au quartier général du Giro, même si son nom n’apparaissait pas sur la liste des engagés, Marco Pantani disputera bien, à partir de samedi, le Tour d’Italie qui l’avait chassé le 2 juin dernier alors qu’il portait le maillot rose. Il s’agit du plus spectaculaire retour que le cyclisme ait jamais connu. Personne, avant Marco Pantani, n’a jamais entamé un grand tour avec seulement deux jours de course dans les jambes. Deux jours remontant à la fin du mois de février et au Tour de Valence. Une éternité... Rien ne laissait supposer une telle nouvelle, même si l’on savait depuis un mois le grimpeur italien reclus dans une retraite toscane, loin du bruit et des affaires, travaillant d’arrache-pied. La rumeur propageait des sorties d’entraînement en solitaire de plus de 250 kilomètres et, bien sûr, Marco Pantani ne faisait pas cela pour le plaisir, mais pour revenir la tête haute, pour démontrer qu’il dit vrai depuis le 2 juin dernier, jour où un taux d’hématocrites trop élevé l’avait contraint à retirer le maillot rose qui lui était promis, à regagner son domicile de Cesenatico dans l’opprobre, mais sans jamais avouer s’être livré à une préparation biologique. Et ce, même si la justice italienne n’a pas tardé à révéler les méthodes de la star italienne, chiffres et examens à l’appui. Cassé, sûr de rien, il avait retardé son retour à la compétition pour ne jamais remonter sur son vélo de toute l’année 1999. Il était annoncé très motivé au seuil de cette saison, mais après avoir encore différé sa renaissance sportive, déclarant forfait successivement dans le Trophée de Majorque puis la Ruta del Sol, il avait disputé le Tour de Valence pour s’arrêter au soir de la deuxième étape, victime officiellement de douleurs dorsales mais surtout accablé par un moral défaillant, se demandant encore ce qu’il faisait dans ce milieu. Que peut espérer Pantani ? Dès lors, les semaines passant, nul ne voulait plus croire en sa réapparition. La chronique, déjà, s’habituait à ne plus le revoir sur un vélo. Cependant, le cercle restreint de ses amis et de sa famille, notamment le «campionissimo» Felice Gimondi, n’a jamais évoqué une telle issue. Tous affirmaient, régulièrement, que l’on reverrait bientôt Marco Pantani sur le théâtre de ses exploits. Personne n’imaginait que ce serait sur le Tour d’Italie qu’il avait remporté en 1998, année de sa victoire dans la Grande Boucle. «Je ne sais pas s’il est raisonnable de s’aligner dans le Giro avec aussi peu de jours de compétition, affirmait mercredi soir son directeur sportif Giuseppe Martinelli, mais s’il devait en être ainsi, évidemment la porte de l’équipe lui serait ouverte». Jeudi, tout au long de la journée, la pression n’a cessé de monter, les questions n’ont pas trouvé de réponses officielles, mais Manuela Ronchi, porte-parole de l’équipe Mercatone Uno, cachait mal la vérité: Marco Pantani prendra l’avion à 7h vendredi matin à Bologne pour Rome, où il rejoindra directement la place Saint-Pierre. En ce qui le concerne, la bénédiction papale prendra toute sa valeur. Massimo Podenzana, le plus vieux coureur du peloton, sera pour sa part sacrifié, lui laissera la place et ne disputera pas ce Tour d’Italie qui devait être son dernier. Raisonnablement, que peut ambitionner Marco Pantani durant ces trois prochaines semaines ? La victoire finale tiendrait du miracle et, pour être franc, ne ferait pas une bonne publicité au cyclisme. Elle n’est pas envisageable. Une victoire d’étape ? Qui sait, les premières journées de l’épreuve italienne sont tranquilles et doivent contribuer à peaufiner sa forme. Tout simplement, Marco Pantani peut avoir le louable objectif de redevenir coureur, mais sa tâche sera compliquée tant la pression sera énorme pour lui. Un peu celle qu’a connue Richard Virenque toute l’année dernière. Marco Pantani, en ayant le courage de disputer ce Tour d’Italie, redonne à sa propre histoire un caractère humain. L’Italie, le peloton, n’y seront pas insensibles.
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