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Actualités - Reportages

Yves Laplace, auteur, et Valérie Frey, photographe La parole et le regard(photos)

Yves Laplace et Valérie Frey sont Suisses et participent tous deux aux Écrits nomades. Après la Bosnie, l’auteur et la photographe se retrouvent ainsi, pour la deuxième fois, associés dans un projet autour du théâtre. Yves Laplace est auteur d’une dizaine d’essais, de récits, mais surtout de romans. Le dernier, L’inséminateur , paraîtra bientôt aux Éditions Stock. S’il y a dans tous ses romans, comme il le fait remarquer, une dimension théâtrale première, il n’est vraiment venu au théâtre qu’en 1984. Cette année-là, en même temps que paraît son roman Un homme exemplaire , aux Éditions du Seuil, une version théâtrale de cette œuvre est créée, au Petit Odéon à Paris, sous le titre Sarcasme . «En réalité, ce n’était pas une adaptation, puisque j’avais écrit les deux versions de concert», indique l’auteur. Il s’agissait du monologue d’un curieux assassin qui reconstitue son propre procès ; un procès en partie imaginaire. «Dans la pièce, j’essayais d’explorer le registre de la parole imprécatoire, le délire paranoïaque, mais lorsqu’il rejoint une forme de vérité paradoxale», dit-il. «Car on trouve souvent, dans les discours les plus scandaleux, une blessure qui dit une certaine vérité sur le monde». Pour lui, toute écriture vraiment impliquée touche à cette question du scandale, «dans tous les sens du terme, en commençant par le sens biblique, jusqu’aux sens les plus contemporains», précise-t-il. Cette idée, qu’Yves Laplace continue de développer dans ses œuvres, intéresse un metteur en scène, Hervé Loichemol, Français, né en Algérie et établi dans la région genevoise depuis plus de 20 ans. «Je le connaissais déjà puisque j’ai longtemps été critique de théâtre», indique Laplace. Ensemble, ils travaillent en étroite collaboration pour la création de Sarcasme , puis de quatre autres pièces : Nationalité française ; Staël ou la communauté des esprits , puis deux pièces sur Voltaire, Feu Voltaire et Nos fantômes . À noter qu’Hervé Loichemol est le responsable du Château de Ferney-Voltaire, chargé de programmer les différentes activités culturelles : théâtres, expositions, séminaires et colloques. Dans la suite de ce travail sur Voltaire, Yves Laplace participe à un voyage en Bosnie-Herzégovine, qui donne lieu à un essai, Considérations salutaires sur le désastre de Srebrenica , paru en 1998 au Seuil. Valérie Frey est également de la tournée. Elle en rapportera tout un travail photographique qui fera l’objet d’une exposition. Le double langage de la politique À Beyrouth, tout comme les autres auteurs des Écrits nomades, Yves Laplace se laisse imprégner par le pays. La politique l’intéresse, en particulier, «comme citoyen, mais aussi comme écrivain», note-t-il. Le double discours, le double langage... «Beaucoup d’intellectuels ont été impliqués dans les guerres en ex-Yougoslavie, et je pense qu’il en va de même pour les différentes situations au Proche-Orient ; il y a tout un débat intellectuel», ajoute-t-il. «S’il faut tenter de trouver une part de vérité derrière les apparences, nous devons, quand nous écrivons, tenter de faire le même travail avec les différents discours. Lire entre les lignes, voir ce qu’il y a derrière». Armée de son appareil photo, Valérie Frey accompagne donc les Écrits nomades. Sa tâche est d’exprimer sur pellicule le regard de chacun des huit auteurs qui participent à cette résidence d’écriture. «Ce regard photographique implique qu’on perçoive quelque chose qui est donné à lire dans l’espace, qui est à la fois abstrait et très concret», dit-elle. «J’ai essayé de partir des choses extrêmement tangibles, de l’évidence, pour remonter le plus possible vers ce qui ne l’est pas ; car très souvent, le visible recouvre une réalité invisible», poursuit-elle. «C’est comme s’il y avait une succession de couches». Valéry Frey est enseignante de français. Elle a suivi des études de lettres et a écrit un mémoire sur Molière. «Je me suis toujours beaucoup intéressée au théâtre», dit-elle. «J’ai collaboré avec Hervé Loichemol pour la rédaction de programmes et pour divers travaux de théâtre». C’est justement à ce titre qu’elle a accompagné le metteur en scène en Bosnie. Son premier travail photographique n’était donc pas prévu. Il s’est imposé sur place. En Bosnie, Valérie Frey devait capter «une déchirure, ce que la guerre avait mis à nu dans une ville», dit-elle. «Ici, c’est différent. Il y a une réalité qui est beaucoup plus recouverte, et le travail implique une tâche de découverte plus importante». C’est en discutant avec les auteurs des Écrits nomades, en lisant leurs livres, en assistant à des lectures publiques d’extraits de leurs œuvres qu’elle a pu se faire une idée de ce qu’ils étaient, et de ce qu’ils pourraient éventuellement dire au sujet de leur expérience au Liban. «Il est évident qu’il y a un facteur d’incertitude et un risque d’erreur», souligne-t-elle. «D’autre part, nous avons partagé pas mal de choses et notre regard a quelque chose en commun». Pendant un mois, elle a accumulé un matériau assez vaste. «La sélection des photos va dépendre un peu des textes qui seront écrits», précise-t-elle. Par ailleurs, Yves Laplace et Valérie Frey projettent de monter, plus tard, une exposition. Un projet qui leur appartient en propre, qui n’est pas dépendant du regard des auteurs présents à Beyrouth. L’exposition devra toutefois s’articuler avec les Écrits nomades puisqu’elle sera itinérante et accompagnera les différentes manifestations qui seront organisées, plus tard, dans les pays d’origine des auteurs. Pour Valérie Frey, la photographie n’a de sens que dans la mesure où elle est rattachée à une problématique plus vaste, comme le théâtre, la guerre. «Tout ce qui se montre et se cache», conclut-elle. Et qu’elle prend plaisir à traquer.
Yves Laplace et Valérie Frey sont Suisses et participent tous deux aux Écrits nomades. Après la Bosnie, l’auteur et la photographe se retrouvent ainsi, pour la deuxième fois, associés dans un projet autour du théâtre. Yves Laplace est auteur d’une dizaine d’essais, de récits, mais surtout de romans. Le dernier, L’inséminateur , paraîtra bientôt aux Éditions Stock. S’il y a dans tous ses romans, comme il le fait remarquer, une dimension théâtrale première, il n’est vraiment venu au théâtre qu’en 1984. Cette année-là, en même temps que paraît son roman Un homme exemplaire , aux Éditions du Seuil, une version théâtrale de cette œuvre est créée, au Petit Odéon à Paris, sous le titre Sarcasme . «En réalité, ce n’était pas une adaptation, puisque j’avais écrit les deux versions de concert»,...