Seulement deux nouvelles sorties, cette semaine. Ce qui va encore accentuer la suprématie du film de Steven Soderbergh, de toute façon assuré du succès : Julia Roberts est à l’affiche ! Sans elle, le sort d’«Erin Brockovich» eut été certainement différent. Quant à «Mystery Men», de Kinka Usher, c’est un ratage affligeant : Ziyad Makhoul lui règle son compte comme il se doit. Le box-office local reste peu dynamique. On signale pourtant le succès de «Stuart Little» qui a profité, normalement, de tous les congés récents. «Toy Story 2» n’a pas mal marché non plus. Le calendrier des prochaines sorties demeure (en principe) inchangé. Sauf que le sport – via les festivités du basket – va imposer sa loi aux salles obscures. Toujours en attente, pas forcément dans l’ordre : «True Crime» (Clint Eastwood) – «The Hurricane» (Norman Jewison) – «Teaching Mrs. Tingle» (Kevin Williamson) – «October Sky» (Joe Johnston). Après, on verra ! Julia, une star contre la pollution Erin Brockovich, de Steven Soderbergh Il y a plusieurs manières de voir Erin Brockovich. À part le regard, constamment comblé, que l’on porte sur Julia Roberts, moteur-étoile de l’entreprise (et qui fonctionne à plein rendement !). D’abord, il y a le cinéma. De ce côté-là, on n’est pas tellement satisfait. Steven Soderbergh, révélé au Festival de Cannes 89 avec Sex, Lies and Videotape (Palme d’or), a eu, par la suite, une carrière assez inégale. Kafka (91) laissait à désirer, King of the Hill (93) a été un échec, Out of Sight (98) était plaisant à suivre et son avant-dernier film, The Limey (inédit à ce jour, chez nous) a été bien accueilli. La mise en scène, plutôt plate, inquiète un peu, au début d’Erin Brockovich – on se demande si on va avoir affaire à un téléfilm – mais les choses s’arrangeront par la suite. Il est vrai que lorsque la star est sur l’écran – et elle en est rarement absente – on ne pense pas à s’occuper de quoi que ce soit d’autre (que Julia). Ce qui était probablement l’objectif majeur recherché par les responsables du film. Ensuite, le scénario. Ce que montre, ce que dénonce Erin Brockovich, n’a absolument rien d’original. Une affaire du même genre (concernant évidemment une autre localisation) a été traitée, il y a deux ans à peine, dans A Civil Action, de Steven Zaillian, un film pas plus mal fait (peut-être mieux) que celui de Soderbergh. Avec John Travolta en vedette, ce qui démontre qu’une Julia sexy est préférable à un Travolta alourdi pour faire passer un sujet a priori rébarbatif. Dans les deux cas, les faits relatés sont garantis «réels», comme de bien entendu et comme par hasard. Question pollution industrielle des eaux, on a compris, on pourrait peut-être s’en tenir là, encore qu’avec Hollywood, il faille se méfier [1]. On en arrive à l’essentiel. Elle, Roberts, prénommée Julia, chérie de tous les publics (du monde entier ?), puisqu’on nous assure que les femmes ne la détestent pas, et que les hommes... (faut-il vous faire un dessin ?). Erin Brockovich est un film si visiblement fait pour et avec elle, pour la servir et s’en servir, qu’on peut se demander si Julia Roberts ne remet pas en fonctionnement les anciennes lois du fameux «Star System» des années dites «d’or» d’Hollywood. Elle en fait passer, des choses, Julia alias Erin Brockovich – à commencer par un titre de film peu attirant. Mère seule avec progéniture (deux fois divorcée, trois gosses sur les bras), pas un dollar en poche, séductrice d’un motard «baba-cool» nostalgique de «Woodstock», s’imposant comme secrétaire dans un cabinet d’avocat sans prestige (Albert Finney, vieilli, épaissi, est formidable), elle découvre – hasard providentiel – un dossier mettant en cause les agissements criminels d’une grosse boîte industrielle (voir plus haut). Investissement total d’Erin, qui va mener, pratiquement toute seule, l’affaire jusqu’à son terme logique: la malfaisante firme polluante sera lourdement condamnée. On le savait déjà: le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. Qu’importe. Dans cet affrontement Julia contre Goliath, la star dispose de tous les atouts – ou se les adjuge. Elle va, vient, fonce, sillonne la «brousse» américaine, surgit dans des bureaux en insultant tout le monde, jurant comme un camionneur du fin fond du Nevada, mettant tous les personnages (public compris) de son côté, sourires et décolletés bien «calculés» à l’appui. En finale, tous les clichés de la bonne/brave Amérique (ô fantômes de Frank Capra!) se bousculent sur la pellicule, et on se dit qu’elle nous a bien eus, Julia/Erin. Il reste à nous consoler avec l’annonce du montant déboursé par la société coupable: 333 millions de dollars! Et si le total des recettes à engranger par le film de Soderbergh atteignait à peu près le même chiffre mirifique? Eh bien, cela prouverait qu’Hollywood, parfois implacable planificateur, aura su gagner sur tous les tableaux. C.Q.F.D. Et Julia n’y perdra rien! [1]: Suggestion, hélas gratuite, à l’intention des studios d’Hollywood: un autre film sur le même thème, avec Sharon Stone en vedette (après tout, la Brockovich n’a aucune formation juridique). Titre possible: Basic Water. L’idée en est venue... d’instinct. N.B.: L’actualité, toujours elle: des millions d’habitants du Bengladesh en sont réduits à boire de l’eau contaminée par du mercure. Voilà qui fera certainement moins de bruit que le film de Soderbergh... ÉLITE, EMPIRE/DUNES/ SOFIL/GALAXY/MKALLÈS, ESPACE, St.-ÉLIE, ATLANTIS Inepte, inutile et idiot Mystery Men, de Kinka Usher Il y a des films, comme ça, et malheureusement ils sont de plus en plus nombreux, qui portent en eux, marqués à l’indélébile fer rouge et pour l’éternité, les trois «i» de la honte: ils sont ineptes, inutiles, idiots. Mystery Men, dans ce rôle de panthéon, occupe une place privilégiée. Des superhéros de pacotille, encadrés par un chef scout de troisième zone et par un discours limite «club-med» aux Antilles, simplement parce que «Captain Amazing», leur justicier ultrasponsorisé par toutes les grandes marques US, à trop vouloir jouer les apprentis sorciers, est définitivement hors-service, se fédèrent pour empêcher le «super méchant Casanova-Frankenstein», désormais en roue libre, de détruire leur ville. Mystery Men, vous l’aurez compris, est une «adaptation» – enfin, c’est ce que dit le dossier de presse – d’une célèbre bande dessinée américaine, une pseudo-parodie de Batman ou de quelque chose, en tout cas, qui y ressemble fortement. On est loin, tellement loin, d’un Tim Burton, voire même, et c’est dire, des parodies à la Naked Gun, avec Leslie Nielsen. Une question se pose, évidente, urgente: que peut-on sauver de cette production aux effets spéciaux facturés à des millions de dollars, le gâchis pur, et dont toute l’équipe technique, de la costumière au chef opérateur en passant par le maquilleur ou l’ingénieur du son, a dû se nourrir, le tournage durant, de champignons (fortement) hallucinogènes? Rien. Strictement rien. Surtout quand on voit au générique des acteurs du calibre de Ben Stiller, de sa compagne, Janeane Garofalo et de Geoffrey Rush, le génial pianiste traumatisé de Shine et, surtout, de la superbe Lena Olin, la Teresa de The Unbearable Lightness of Being, de Philip Kaufman. Passons, tout cela est tristement pathétique. CONCORDE, FREEWAY, PLANÈTE/ABRAJ/ZOUK
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