Les premières images diffusées par les télévisions des 21 otages, dont 10 touristes, aux mains des islamistes philippins du groupe Abu Sayyaf attestent du calvaire qu’ils endurent dans la jungle sur l’île de Jolo dans le sud de l’archipel des Philippines. La séquence montre les otages, faits prisonniers le dimanche de Pâques sur l’île malaisienne de Sipadan, paradis pour les amateurs de plongée sous-marine, entassés dans ce qui semble être une cabane en bambou se plaignant de la faim, du manque d’eau et de l’épuisement. «C’est de pire en pire... la situation ici est très précaire et elle s’aggrave de jour en jour», déclare l’otage allemand Gunter Cort qui, très pâle et exténué, réclame un concours rapide au niveau international, en particulier l’Organisation de la conférence islamique (OCI). La semaine dernière, le groupe Abu Sayyaf avait demandé l’intervention de l’OCI ainsi que celle des Nations unies pour trouver une issue à cette affaire. Gunter Cort se trouve aux mains des islamistes en compagnie de deux autres compatriotes Renate Jurta et Marc Wallert, d’un couple de Français Sonia Wendling et Stephane Loisy, d’un couple de Sud-Africains, Monique et Carel Strydom, deux Finlandais Johan Franti de Seppo et Mirco Jahanen Rista, d’une jeune Libanaise Marie Michel Moarbès, de deux Philippins, Laurecia Dablo et Roland Ullah et neuf Malaisiens. Les images diffusées lundi dernier remontent à samedi. Elles ont été réalisées par une journaliste philippine autorisée par les ravisseurs. Lundi, un porte-parole du groupe Abu Sayyaf a annoncé qu’une femme de nationalité sud-africaine avait perdu connaissance apparemment en raison de l’épuisement et de la faim. «Une femme otage originaire d’Afrique s’est évanouie ce matin. Peut-être est-elle fatiguée et affamée», a déclaré Abu Issa, porte-parole d’Abu Sayyaf. «Nous n’avons rien mangé depuis hier (le 28 avril) et tous ici nous avons des problèmes digestifs», a déclaré devant la caméra le Français Stéphane Loisy. Sa compatriote Sonia Wendling affirme qu’elle a mangé seulement «du riz toujours du riz» et n’a pu changer de vêtements qu’une seule fois. «Je veux rentrer chez moi le plus vite possible», déclare-t-elle. La prisonnière libanaise Marie Michel Moarbès explique que sur l’île malaisienne de Sipadan, où ils ont tous été faits prisonniers, il y avait très peu de mesures de sécurité au moment de l’arrivée du commando philippin. «L’île est très à l’écart, il n’y avait aucun service de sécurité, aucune patrouille, rien. Nous étions seuls sur l’île quand ils sont venus et qu’ils nous ont emmenés», déclare-t-elle. Mme Moarbès, dont les yeux très cernés attestent de sa fatigue, explique qu’ils ont été emmenés sur l’île de Jolo au terme d’une éprouvante traversée de 20 heures par bateau. «Vingt heures en bateau sans boire... nous avions peur qu’ils nous fassent du mal», balbutie-t-elle. La journaliste philippine raconte que tous les prisonniers souffrent de la faim mais également de la soif ainsi que de troubles intestinaux dus à l’absorption d’eau non potable. Leurs pieds sont meurtris par des heures de marche et ils sont maintenant «trop faibles pour se déplacer», a-t-elle déclaré. Une doctoresse philippine, Nelsa Amin, a été autorisée à se rendre lundi auprès des otages. Le groupe Abu Sayyaf a réclamé en échange des otages philippins la libération de trois militants islamiques emprisonnés aux États-Unis, dont Ramzi Yousef, impliqué dans l’attentat contre le World Trade Center à New York en 1993.
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